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Category: Carnet noir et rouge

Au début, c’était un carnet noir et rouge… Aujourd’hui c’est un weblog.

La famille

La famille

« Pour un certain nombre de niais et vaniteux que la vie déçoit, la famille reste une institution nécessaire, puisqu’elle met à leur disposition et comme à portée de main, un petit nombre d’êtres faibles que le plus lâche peut effrayer. Car l’impuissance aime refléter son néant dans la souffrance d’autrui. »

— Georges Bernanos, Sous le Soleil de Satan

Pop music

Pop music

The funny thing about playing pop music is, that’s what the original intention of pop music was. It wasn’t supposed to be this little cultish thing. It’s supposed to be songs that sound great blasting out of a car radio, and just through a funny turn of events, the kind of pop we make is now seen as some kind of fringe alternative thing.

— Adam Schlesinger (Fountains of Wayne), MTV News, june 1999
Poèmes de la Douceur

Poèmes de la Douceur

Trouvés dans Vivonne, de Jérôme Leroy.

« Blocus sentimental ! Messageries du Levant !..
Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,
Oh ! le vent !..

La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées !..
D’usines… »
– Jules Laforgue, L’hiver qui vient

« J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends. »
– Apollinaire, L’Adieu, dans Alcools

« Ce n’est pas la Beauté que j’ai trouvée ici,
ayant loué cette cabine de seconde, débarqué à Palerme, oublié mes soucis,
mais celle qui s’enfuit, la beauté de ce monde. […]

Elle n’est pas non plus donnée aux lieux étranges,
mais peut-être à l’attente, au silence discret,
à celui qui est oublié dans les louanges
et simplement accroît son amour en secret. »
– Philippe Jaccottet, La Traversée

« Cela ressemblait à l’enfance. Notre vie était une enfance et comme les enfants nous étions égoïstes et voluptueux, secrets et rêveurs. On ne vieillissait plus, l’été qui arrivait était le même que le précédent, les calendriers mentaient. »
– Jérôme Leroy, Vivonne

La Bièvre

La Bièvre

Joris-Karl Huysmans, La Bièvre, 1890 :

« La Bièvre représente aujourd’hui le plus parfait symbole de la misère féminine exploitée par une grande ville.

Née dans l’étang de Saint-Quentin, près de Trappes, elle court, fluette, dans la vallée qui porte son nom, et, mythologiquement, on se la figure, incarnée en une fillette à peine pubère, en une naïade toute petite, jouant encore à la poupée, sous les saules.

Comme bien des filles de la campagne, la Bièvre est, dès son arrivée à Paris, tombée dans l’affût industriel des racoleurs ; spoliée de ses vêtements d’herbes et de ses parures d’arbres, elle a dû aussitôt se mettre à l’ouvrage et s’épuiser aux horribles tâches qu’on exigeait d’elle. Cernée par d’âpres négociants qui se la repassent, mais, d’un commun accord, l’emprisonnent à tour de rôle, le long de ses rives, elle est devenue mégissière, et, jours et nuits, elle lave l’ordure des peaux écorchées, macère les toisons épargnées et les cuirs bruts, subit les pinces de l’alun, les morsures de la chaux et des caustiques. Que de soirs, derrière les Gobelins, dans un pestilentiel fumet de vase, on la voit, seule, piétinant dans sa boue, au clair de lune, pleurant, hébétée de fatigue, sous l’arche minuscule d’un petit pont !

Jadis, près de la poterne des Peupliers, elle avait encore pu garder quelques semblants de gaîté, quelques illusions de site authentique et de vrai ciel. Elle coulait sur le bord d’un chemin, et de légères passerelles reliaient, sur son dos, la route sans maisons à des champs au milieu desquels s’élevait un cabaret peint en rouge ; les trains de ceinture filaient au-dessus d’elle, et des essaims de fumée blanche volaient et se nichaient dans des arbustes, dont l’image brisée se reflétait encore dans sa glace brune ; c’était, en quelque sorte, pour elle, un coin de dilection, un lieu de repos, un retour d’enfance, une reprise de la campagne où elle était née ; maintenant, c’est fini, d’inutiles ingénieurs l’ont enfermée dans un souterrain, casernée sous une voûte, et elle ne voit plus le jour que par l’œil en fonte des tampons d’égout qui la recouvrent.

[…] Cette ruelle se meurt, rue Croulebarbe, dans un délicieux paysage où l’un des bras demeuré presque libre de la Bièvre paraît ; un bras bordé du côté de la rue par une berge dans laquelle sont enfoncées des cuves ; de l’autre, par un mur enfermant un parc immense et des vergers que dominent de toutes parts les séchoirs des chamoiseurs. Ce sont, au travers d’une haie de peupliers, des montées et des descentes de volets et de cages, des escalades de parapets et de terrasses, toute une nuée de peaux couleur de neige, tout un tourbillon de drapeaux blancs qui remuent le ciel, tandis que, plus haut, des flocons de fumée noire rampent en haut des cheminées d’usine. Dans ce paysage où les resserres des peaussiers affectent, avec leurs carcasses ajourées et leurs toits plats, des allures de bastides italiennes, la Bièvre coule, scarifiée par les acides. Globulée de crachats, épaissie de craie, délayée de suie, elle roule des amas de feuilles mortes et d’indescriptibles résidus qui la glacent, ainsi qu’un plomb qui bout, de pellicules. »

Texte complet ici.

Mon gros gourdin

Mon gros gourdin

J’entends ou je lis souvent que les taxes sur le patrimoine ou la succession, voire sur les revenus, sont injustes. Ou que le refus de changer l’âge de départ à la retraite ou le statut d’une catégorie protégée de salariés est une défense de privilèges injustifiés. Au final, que la volonté de faire contribuer davantage les hauts patrimoines et les entreprises au partage des richesses repose, au fond, sur la jalousie des moins bien dotés, des plus oisifs, de ceux qui ont produits moins d’efforts, de ceux qui partent en vacances ou prennent des congés maladie. Après tout, disent-ils, les inégalités sont naturelles, on ne peut pas faire autrement et même, elles encouragent le progrès.

Ce à quoi je réponds : c’est tout à fait exact. La Nature est formidable, et c’est le dernier juge de tout ce qu’on doit trancher. D’ailleurs moi qui ne suit plus tout jeune, je me rappelle bien de l’époque où on a inventé la civilisation, et c’était la même chose.

En cette douce période néolithique, il n’y avait pas assez de gourdins pour tout le monde. La Nature, dans son infinie sagesse, avait réparti les gourdins de façon — qui en douterait — parfaitement aléatoire. Il était parfaitement naturel, et donc juste, que les homo sapiens équipés d’un gourdin puissent, à l’aide de coups judicieusement placés (ce qui est une compétence que l’on n’acquiert qu’après de longs efforts), s’emparer des champs, des huttes et des femmes de ceux qui n’en avaient pas. Cette perfide civilisation, avec sa police, sa justice, son droit, ses écoles gratuites d’auto-défense et ses droits de l’Homme, toutes choses qui coûtent extrêmement cher au contribuable, était évidemment la mesquine réponse des fainéants et des aigris, en un mot des jaloux.

D’ailleurs certains avaient travaillé dur pour obtenir leur gourdin et se s’élever au-dessus de leur condition. Il fallait abattre un arbre, le transporter, puis le tailler… vous rendez-vous compte de l’effort que cela représente lorsque l’on n’a que ses muscles et un silex ? Et vous voulez, à la fin de leur vie, leur retirer le droit le plus sacré d’enlever votre femme ! Cette absence du respect du travail des autres est écœurante. Voilà bien résumée la détestable idéologie de ces civilisationnistes.

Courage

Courage

« Without courage, we cannot practice any other virtue with consistency. We can’t be kind, true, merciful, generous, or honest. »
— Maya Angelou

L’éducation et la raison

L’éducation et la raison

« Ni la Constitution française ni même la Déclaration des droits ne seront présentées à aucune classe de citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l’enfance ; et on pourra leur dire : « Cette Déclaration des droits qui vous apprend à la fois ce que vous devez à la société et ce que vous êtes en droit d’exiger d’elle, cette Constitution que vous devez maintenir aux dépens de votre vie ne sont que le développement de ces principes simples, dictés par la nature et par la raison dont vous avez appris, dans vos premières années, à reconnaître l’éternelle vérité. Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auront été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. » »
– Condorcet, Rapport et projet de décret relatifs à l’organisation générale de l’instruction publique, Assemblée législative, 20 et 21 avril 1792.

Dell’amore

Dell’amore

« J’éprouve un charme, dans ce pays-ci, dont je ne puis me rendre compte : c’est comme de l’amour ; et cependant, je ne suis amoureux de personne. »
— Stendhal, Rome, Naples et Florence en 1817

Les horreurs

Les horreurs

« Les horreurs viennent toujours d’une petite âme qui a besoin de se rassurer sur ses propres mérites. »
— Stendhal, De l’amour.

L’impatience

L’impatience

« Justice too long delayed is justice denied. »
Maxime juridique citée par Martin Luther King, Jr. au sein de sa Lettre depuis la prison de Birmingham.

Cette lettre fut écrite en 1963 alors que King était enfermé après avoir mené des actions de protestation non autorisées et non violentes dans la ville la plus « ségréguée » du pays, où les violences policières impunies étaient fréquentes. Elle est une réponse à une précédente lettre ouverte, rédigée par huit hommes d’église blancs (sept chrétiens et un rabbin) qui voyaient le combat pour les droits civiques comme juste mais encourageaient la communauté noire à le mener sans enfreindre les lois ségrégationnistes et en prenant patience.

King y déconstruit un à un les arguments des blancs « modérés », et tout particulièrement celui selon lequel le progrès vers la justice serait une marche inévitable, qui adviendra nécessairement (et sans luttes) après un temps suffisant. Les deux dernières décennies ont douloureusement plantées les derniers clous au cercueil de cette idiotie et apportées la preuve du mensonge assumé de ceux qui la propagent.

Je recommande de lire la lettre dans son intégralité.