Courage

« Without courage, we cannot practice any other virtue with consistency. We can’t be kind, true, merciful, generous, or honest. »
— Maya Angelou

Hymne national

A chaque été la Marseillaise se rappelle à nous par divers moyens, et à chaque été j’ai de plus en plus de gêne physique (avant même un dégoût intellectuel) à l’écoute de ses paroles manichéennes, sanglantes et d’un faux patriotisme revanchard de courte vue. Il se trouve qu’en 1871 la Commune de Paris en avait respecté l’indéniable symbole en faisant son hymne d’une nouvelle version qui en gardait la vibrante musique tout en ré-écrivant les paroles d’une façon bien plus belle et généreuse. J’ai envie de faire mienne cette version, qui a de plus le bon goût d’être l’œuvre d’une femme, Mme Jules Faure.

Je cite deux couplets de La Marseillaise de la Commune :

Français, ne soyons plus esclaves !,
Sous le drapeau, rallions-nous.
Sous nos pas, brisons les entraves,
Quatre-vingt-neuf, réveillez-vous. (bis)
Frappons du dernier anathème
Ceux qui, par un stupide orgueil,
Ont ouvert le sombre cercueil
De nos frères morts sans emblème.

Refrain: Chantons la liberté,
Défendons la cité,
Marchons, marchons, sans souverain,
Le peuple aura du pain.

N’exaltez plus vos lois nouvelles,
Le peuple est sourd à vos accents,
Assez de phrases solennelles,
Assez de mots vides de sens. (bis)
Français, la plus belle victoire,
C’est la conquête de tes droits,
Ce sont là tes plus beaux exploits
Que puisse enregistrer l’histoire.

Power Pop 3 : Fabulous Fuzz Fanatics, 2002-2020

Troisième et dernière playlist de ce tour d’horizon power pop, celle des vingt dernières années. Le genre y devient rapidement une niche, et la plupart des groupes ici présent l’assument et prospèrent dans un contexte resserré, quelques blogs, quelques festivals qui entretiennent la flamme. On ne peut pourtant pas dire que la musique souffre d’une baisse d’inspiration, je vous en laisse juge. Mais c’est comme ça.

Une poignée de groupes inclus ici sont plus adjacents au genre mais y font des incursions occasionnelles. La majorité creusent leur sillon avec amour et fidélité, à la recherche de l’enchaînement d’accords parfaits, des chœurs les plus magiques, de la ligne de basse la plus moelleuse. A la poursuite d’une étoile filante, la mélodie rock parfaite.

Pourvu que ça dure.

Power Pop 2 : Modern Melody Masters, 1980-2002

Deux décennies où la power pop est plus difficile à différencier du reste, car le mainstream y fait une place de choix aux guitares saturées. Assez peu de titres des années 1980 dans ma sélection, question de goût : la queue de comète de la new wave, le repli de nombreux « poppeux » vers un son jangle clair et mélancolique, et un difficile passage de l’analogique au numérique des méthodes de production qui appauvrit et date outrageusement (à mon oreille) la plupart des sorties de l’époque, tout cela restreint le nombre de disques de power pop de cette époque qui trouvent grâce à mes yeux. La playlist se focalisera donc rapidement sur les 90s.

Alors power pop, The La’s, Teenage Fanclub ou Jimmy Eat World ? En partie oui, même si cela n’épuise évidemment pas l’analyse. D’une catégorisation beaucoup plus nette, les incontournables Jellyfish, Matthew Sweet ou Silver Sun portent le genre à son sommet. Sans oublier les méconnus Shoes, qui ouvrent brillamment la playlist.

L’un des rares groupes qui aura droit à deux titres dans ces playlists est certainement celui qui m’a le plus accompagné et fait plonger dans le genre : Fountains of Wayne. Mon cœur se serre encore quand j’écoute leurs morceaux et que je pense à Adam Schlesinger, leur bassiste et principal compositeur, décédé de la Covid-19 il y a un an. (Une playlist hommage réalisée à l’époque à écouter également.)

Power Pop 1 : Prime Pop Perfectionists, 1967-1980

Cette première période, que je délimite arbitrairement, commence donc avec tous ces groupes qui ne se remettent pas de la fin des Beatles, et dans une certaine mesure veulent continuer à faire vivre l’âge d’or des Byrds, des Kinks et des Who. La playlist s’ouvre sur le plus fidèle et certainement le plus admirable d’entre eux : les Raspberries. Leur succès restera modeste, malgré leur talent incomparable, et annoncera le statut commercial du genre durant toute son existence.

Mais vous écouterez aussi plusieurs groupes qui, au fur et à mesure des 70s, commencèrent à enrichir le son power pop de façon inéluctable. Le principal d’entre eux (à mon sens) est Big Star, qui au fil de trois albums admirables s’est imposé comme l’autre référence incontestable du genre.

Vers la fin de la sélection, vous entendrez Cheap Trick et The Knack, avec leurs tubes respectifs qui incarnent la courte apogée commerciale du genre et sont peut-être les deux seuls morceaux de ces playlists qui sont encore aujourd’hui joués sur les radios mainstream.

Power Pop : Introduction

Comme souvent avec les genres musicaux, mais peut-être plus que certains autres, la power pop est délicate à catégoriser. Pour ceux de ma génération la première rencontre a lieu dans les années 1990 avec les guitares crunchy et les mélodies addictives de Weezer ou des Wannadies. Mais le genre remonte certainement à bien plus loin : les Beatles, ou plutôt le vide qu’a laissé leur séparation en 1970, semblent marquer une date de naissance et une orientation stylistique qui font unanimité. On a pu parfois dire (au prix d’une simplifcation assumée) que la power pop, c’est la continuation des Beatles de Rubber Soul et Revolver, de Fab Four qui n’auraient pas découvert les drogues psychédéliques et rencontré Ravi Shankar. Plus clairement : mélodies éclatantes, chœurs pop, et guitares rock.

Christophe Brault pose en tout cas cette définition dans son livre Power Pop, mélodie, chœurs et rock’n’roll, publié par Le Mot et le Reste en 2019. J’ai lu plusieurs ouvrages de cette collection, qui suivent un même schéma : définir un genre musical et son histoire en introduction, puis présenter 100 albums qui apparaissent représentatifs de celle-ci. Des autres opus je conserve au maximum, après que le temps ait fait son œuvre, une dizaine de disques dans ma « bibliothèque » musicale virtuelle. Du jour où j’ai commencé à explorer le livre de Christophe Brault, j’ai enrichi celle-ci d’une cinquantaine de références pérennes, et la liste ne cesse de s’enrichir. La sélection est splendide et d’excellent goût, les explications érudites et modestes. J’ai adoré plonger dans ce livre, qui m’a confirmé que j’adore cette musique, dont chaque époque apporte son lot de pépites.

La power pop n’a pas cessé d’évoluer, et peu de groupes qui s’en revendiquent de nos jours pourraient passer pour des pasticheurs des Beatles. Le son des guitares notamment s’est alourdi avec l’arrivée de possibilités techniques nouvelles. A partir des années 1990, on compte deux approches, nullement exclusives l’une à l’autre : les guitares « jangle », carillonnantes et fidèles à une certaine idée du style 60s (souvent en 12 cordes) d’un côté, et un son « fuzz » riche en harmoniques et idéal pour les « power chords » (accords sans tierce, et donc perçus comme majeurs mais sans caractère net, plaqués avec énergie). Bien des artistes combinent les deux.

S’il y a un fait constant dans l’évolution de la power pop depuis 50 ans, c’est qu’elle n’a jamais rencontré un succès massif et durable. Une relative popularité à l’articulation des années 70s et 80s dans le monde anglo-saxon (Cheap Trick, The Knack, The Quick) semble être le pic de la prospérité commerciale du genre. Auparavant il ne faisait pas le poids face au rock progressif (trop pop) et au hard rock (pas assez macho). Aujourd’hui c’est une niche, alimentée par tout un tas de groupes du monde entier, géniaux mais méconnus (Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande et surtout Scandinavie tiennent aisément tête aux inévitables américains). S’il faut tenter d’expliquer cette discrétion, elle provient peut-être de refus d’un sérieux ostensible, ou plutôt du recentrage induit par le fait de prendre la mélodie vocale au sérieux sans sacrifier les fondamentaux du rock’n’roll (à l’inverse, peut-être, de la pop tout court, absolument amnésique et technophile). Ainsi le morceau le plus caractéristique de tout le genre power pop est pour moi le My Sharona de The Knack, dont le solo de guitare est un chef-d’œuvre qui n’a rien à envier à tout le reste du rock et du metal, ni en durée, ni en virtuosité, ni en musicalité, ni en boombasticité. Pourtant Berton Averre, son auteur, reste largement inconnu (y compris chez les guitaristes pour qui cette notion de virtuosité a encore de l’importance en 2021).

Je vous proposerai dans les jours qui viennent trois playlists qui couvrent, de façon à peu près chronologique, l’histoire de la power pop, avec ses grands moments et mes morceaux préférés. J’avais très envie de partager avec vous ces titres, qui me semblent géniaux et qui sont, à de rares exceptions près, trop méconnus. Je suis redevable au livre de Christophe Brault pour la découverte d’un grand nombre des artistes présents sur ces playlists.

Les 3 playlists :
1. Prime Pop Perfectionists, 1967-1980
2. Modern Melody Masters, 1980-2002
3. Fabulous Fuzz Fanatics, 2002-2020

Rétrospective 2020 (15) : le Top 5

Je n’ai pas classé les 36 albums et EPs marquants que j’ai présenté jusqu’ici : cela n’aurait pas eu grand sens pour moi. En revanche j’ai gardé à part les « cinq » derniers disques qui concluront cette rétrospective, car j’ai voulu souligner parmi cette sélection les œuvres qui m’ont apporté le plus de joie, et que j’aimerai vous encourager à écouter si vous préférer vous concentrer sur un petit nombre de proposition. (Je mets « cinq » entre parenthèses car il y a quelques doublés qu’il n’y aurait pas de sens à séparer.)

SAULT – Untitled (Rise) et Untitled (Black Is)

Il est stupéfiant que le groupe britannique SAULT a réussi à sortir en 2020 non pas un mais deux chefsd’œuvre de néo-soul indie chaleureuse et dansante (et sans tricher, les deux font plus de 50 minutes). Et puis politique, également, en les proposant explicitement comme un accompagnement du mouvement Black Lives Matter. Internet regorge de critiques dithyrambiques et méritées sur ces albums, je ne saurais pas comment en rajouter. Prenez le temps de vous plonger dans ces deux disques majeurs.

(Le groupe cultive un refus marqué du jeu médiatique, leurs noms ne sont pas connus avec certitude, leur site est spartiate, et ils n’ont pas de vidéos officielles sur youtube. Celle-ci est un hommage de fan mais de qualité.)

Joe Pernice – Richard

Joe Pernice est le compositeur et chanteur des Pernice Brothers, groupe indie pop qu’il mène avec son frère Bob depuis la fin des années 90s. Tous leurs albums sont absolument magnifiques, jusqu’au dernier en date, Spread The Feeling (2019). Mais l’année passée c’est par un disque en solitaire, folk et (quasiment) sans instruments autres qu’une guitare acoustique, que Joe Pernice m’a surpris et bouleversé. Je suis revenu (et reviens encore) pendant tous ces mois sombres à la beauté cristalline de ces dix titres, portés par cette voix chaude et fragile, d’une force émotionnelle rare. (L’album Richard n’est que sur bandcamp et à peu près nulle part ailleurs, c’est donc leur player que je propose ici.)

LANE – Pictures of a Century

LANE pour « Love And Noise Experiment », notre meilleur groupe de rock en France actuellement, dont deux ex-membres des défunts Thugs… référence impeccable. Avec ce Pictures of a Century, leur deuxième album, une étape est franchie, et leurs influences Pixies et Wire sont devenues une base solide pour développer un son désormais personnel. J’ai vibré toute l’année sur ce disque publié par l’indispensable label bordelais Vicious Circle, dont chaque morceau est une pépite indé.

Sondre Lerche – Patience

Sondre Lerche était l’auteur d’un ou deux albums charmants au début des années 2000, alors jeune homme romantique et malicieux qui montait sur scène (le Café de la Danse ? je ne sais plus) en se félicitant, pour son premier séjour par ici, d’avoir arpenté les spots de skate-board parisiens durant l’après-midi plutôt que la Tour Eiffel. La suite de sa carrière, plus inégale, m’a moins intéressée. Mais peut-être est-on condamné à revenir vingt ans plus tard à ses anciennes amours… Patience, son nouvel album, nous le fait retrouver plus romantique que jamais, pour une pop indé inégalable aux mélodies splendides et aux arrangements capiteux. J’ai fondu pour ce disque, et les deux morceaux réarrangés pour l’orchestre de la radio norvégienne (en bonus de la version deluxe) sont tout simplement magiques.

Cabane – Grande est la maison et The Remake Series

Thomas Jean Henri fut le batteur subtil et polymorphe de Venus sur leur premier album Welcome To The Modern Dancehall (2000) (monument injustement ignoré de la musique populaire européenne, c’est dit), et son naturel généreux et d’une radicale modestie en fit à l’époque l’interlocuteur désigné des plus inconditionnels de leurs fans, dont votre serviteur (ridiculement intimidé, soit dit en passant). J’ai donc depuis suivi de loin en loin ses multiples vies, avec une tendresse mutuelle dont je rougis parfois. Lorsqu’il se remit à enregistrer il y a quelques années, après divers détours, c’était pour de charmantes vignettes à la guitare folk, arrangées magnifiquement pour cordes par Sean O’Hagan des High Llamas, et chantées par les ami.e.s fidèles agrégés durant ces années, rien moins de Bonny Prince Billy et Kate Stables (de This Is The Kit). Ces chansons vinrent à nos platines lentement mais sûrement, par 45 tours précieux vendus en éditions… limitées par la modestie proverbiale de Thomas, qui nous permirent d’apprivoiser à notre rythme ce nouvel univers et d’en tomber amoureux. Enfin en 2020, il y eu assez de matière pour réaliser un album, le très précieux Grande est la maison. Je fus extrêmement heureux de constater le grand succès de ce disque, bien au-delà du petit groupe des fans et amis de Thomas, qui l’a propulsé dans les coups de cœur annuels de nombreuses personnes, de multiples nationalités et bien plus objectives que moi (et même en n°1 du top 100 général des rédacteurs du magazine Magic).

Et puis, parce qu’il conçoit je crois la musique comme un cadeau plus qu’une carrière, Thomas nous a offert en fin d’année un disque compagnon, The Remake Series, où il a proposé à divers amis de réenregistrer les morceaux de leur choix de l’album. (Les amis en questions comprenant entre autres, pour ma plus grande joie, son camarade au sein de Venus : Marc A. Huyghens.) C’est évidemment un objet pour fans, mais d’une grande générosité et tout aussi bouleversant que son grand frère.

— Fin —