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Top 2015 (#25)

25. Anonymous Choir – Sings Leonard Cohen

Le Anonymous Choir est une chorale féminine de Minneapolis dirigée par l’admirable Nona Marie Invie, qui chante lead et s’accompagne au piano. Après une fantastique relecture intégrale de After The Gold Rush il y a deux ans, ce nouvel album offre certaines des meilleures chansons de Leornard Cohen dans des arrangements pour chœur somptueux. Le concept était assez périlleux et le résultat témoigne une nouvelle fois du talent de Nona Marie Invie, par ailleurs chanteuse et compositrice du brillant groupe de folk racé Dark Dark Dark.

Aparté : Philippe Dumez porte une double responsabilité dans ce classement et dans la germination de cette idée saugrenue d’y apporter un enrichissement éditorial. D’une part il s’est enquis récemment de ce que j’écris actuellement, ce qui est flatteur et encourageant, et d’autre part je lui dois ma découverte du Anonymous Choir.

Il est impossible de résumer tout ce que Philippe nous a apporté depuis quinze ans (même les gens du Figaro le qualifient, fort justement, de « chic type ») mais si je dois choisir je vous recommande chaleureusement de lire en intégralité son blog Les Ecumeurs, qui regroupe entretiens et photographies de ces fous furieux que l’on croise à tous les concerts à Paris, ainsi que son tout récent livre Basse Fidélité, aux éditions Le Mot et le Reste. Pour en avoir lu une première version auto-éditée il y a quelques années, je peux certifier que ce Je me souviens d’un immense fan de musique est drôle, passionnant et délicieux.

Top 2015 (#26)

26. Israel Nash – Israel Nash’s Silver Season

Difficile d’aborder Israel Nash sans admettre immédiatemment que oui, on ne trouve aucun musicien aujourd’hui qui ne soit plus redevable à Neil Young. Mais il faut alors ajouter aussitôt que Silver Season est un bien meilleur album que tous ceux qu’a enregistré Neil Young* depuis dix ans, même en incluant les bons (qui commencent à dater peu). Et c’est la seconde fois qu’il nous fait le coup (cf. Rain Plans).

Il n’y a personne aujourd’hui qui produise de rock cosmique si farouchement américain, qui fasse sonner chaque corde de sa guitare si nettement au milieu d’un glorieux tapage, qui compose avec une telle facilité des morceaux qui sonnent comme des classiques oubliés d’une apocryphe septième face de Decade.

* Le bon usage de la langue française voudrait qu’ici, plutôt qu’une répétition du nom de Neil Young, j’écrive The Loner ; mais si ma prose a bien des défauts, il est hors de question que je sonne comme du Philippe Manoeuvre. Si un jour j’écris un blog d’Histoire de l’art (spoiler : ça n’arrivera pas), il n’y a aucune chance que vous me voyez nommer le peintre de la Cène « Léonard », comme si nous étions de vieux potes. En revanche le seul « Johnny » digne qu’on lui consacre de l’attention dans cette courte vie est bien, comme vous vous en doutez, Johnny Cash.

Top 2015 (#27)

27. Ivan & Alyosha – It’s All Just Pretend

Le premier album d’Ivan & Alyosha m’avait enchanté. De façon regrettable, la sortie en mai d’un deuxième opus m’échappa, omission que je ne réparais qu’à l’automne. Pourtant ce groupe impeccable à trois songwriters y poursuit avec une admirable constance l’écriture de belles chansons, aux arrangements folk-pop classiques et éminemment agréables. L’alto précis et séducteur de la voix de Tim Wilson est certainement leur qualité majeure.

Ces garçons sont portés par le même label que les Lumineers et je ne vois pas pourquoi ils n’accéderaient pas, peut-être à l’occasion de leur prochain disque, au même genre de succès populaire.

Top 2015 (#30)

Cette année fut, musicalement, une des plus satisfaisantes depuis que je garde une trace de mes admirations. Je ne peux certes pas y chercher de raisons objectives, mais peut-être est-ce en partie parce que les albums qui constituent le haut de mon classement se sont imposés plus immédiatement que les années précédentes. On ne résiste pas à l’argument de la beauté, surtout lorsqu’il se réitère à quelques semaines d’intervalles.

C’est l’une des raisons pour laquelle je m’autorise cette année à classer 30 disques, et qui plus est à tricher avec des ex-aequo à deux reprises. Ce n’est pas très sérieux de ma part.

30. Un paquet cadeau avec cinq bons albums d’indie rock anglo-saxons

Voilà, je commence mal. En trentième place, cinq disques très plaisant, creusant un sillon assez connu pour les gens de ma génération, et dans lequel il serait absurde de prétendre qu’une part de nostalgie ne joue pas. Ce fameux rock indé des années 90, ici bien réalisé, sans désir de révolution mais sincère. Il y a vingt ans, ces groupes auraient été en couverture des journaux, ils auraient été à l’affiche des festivals d’été. Aujourd’hui c’est une niche avec un passé glorieux. Je ne crois pas trop à la hiérarchie des genres implicite dans notre petit milieu. J’accepte volontiers que les albums de Kendrick Lamar ou de Arlt sont fantastiques pour ceux qui les aiment, mais je ne crois pas à une supériorité intrinsèque qu’ils auraient, à une crédibilité supérieure. Tout ce folklore est assez ridicule, au final, lorsqu’on écoute quelques pages du Sacre du Printemps, composé il y a 102 ans. Bref, je suis heureux que de tels disques continuent d’exister, que de jeunes groupes s’y emploient, et que l’on continue de composer des morceaux avec des power chords en 2015.

Hop Along – Painted Shut

S’il y a un de ces artistes à suivre, c’est certainement Frances Quinlan, qui signe ici une dizaine de morceaux vraiment très prometteurs.

Adventures – Supersonic Home

J’ai envie d’avoir leur âge et de rejoindre leur groupe, là, maintenant.

Antartigo Vespucci – Leavin’ La Vida Loca

Chris Farren et Jeff Rosenstock (qui a produit cette année un album que l’on retrouvera très haut dans ce classement) vivent à deux opposés des Etats-Unis et ont chacun leur autre, vrai, groupe. Je ne sais pas comment ils font, mais c’est le deuxième album de pépites power-pop en deux ans qui nous arrive de ces deux là.

Trust Fund – Seems Unfair

Voix de tête + pédales fuzz : what’s not to like ?

The World Is A Beautiful Place & I Am No Longer Afraid To Die – Harmlessness

Un album un peu plus ambitieux, pour finir.

Camisole

Magnifique Frédéric Lordon ! Le parti de la liquette, 9 octobre 2015.

« Tautologiquement, des colères qui ne se trouvent plus aucune solution de symbolisation, n’ont plus accès qu’à des expressions désymbolisées : l’explosion de rage. Mais à qui doit-on ces impasses dont ceux qui s’y trouvent coincés n’ont plus que la ressource de faire péter un mur pour en sortir ? À qui sinon à ceux qui ont aménagé l’impasse même, bétonné le débat, répété l’inéluctable état des choses, pédagogisé sa nécessité, ridiculisé, disqualifié et finalement fait barrage à toute idée critique, donc empêché toute formation d’une perspective politique alternative qui aurait fait réceptacle ? »

Je ne me suis jamais beaucoup intéressé aux éditorialistes de la presse quotidienne, et à Laurent Joffrin en particulier ; il reste encore beaucoup trop de grandes choses que je n’ai pas lues pour perdre mon temps avec du vite-écrit franchouillard. Je ne connaissais donc pas bien la carrure intellectuelle de ce Jaurès contemporain jusqu’à ce que je l’entende il y a quelques jours sur France Inter, face à un confrère du Figaro, et donc dans la position d’apporter un point de vue de « gauche » dans un énième débat sur le droit du travail. Une chose devint immédiatemment claire : si le salarié français a Laurent Joffrin comme ami, il n’a pas besoin d’ennemi.

Sacre

Deux approches merveilleuses autour du Sacre du Printemps.

En premier : 46 enregistrements différents d’une petite partie de l’œuvre, découpés et assemblés côte à côte, et qui offrent une vue très intéressante sur les différences entre les orchestres et les interprétations.

Ensuite, tout le Sacre avec la partition qui défile, pour le plaisir des oreilles et des yeux :

Tellement vrai

Ad Virgilium : « Pour la millième fois, on me demande de chiffrer une fonctionnalité, pour la millième fois je réponds que je ne peux chiffrer que des tâches techniques et qu’il n’y a pas de correspondance évidente et immédiate entre les deux. Je mets en place la nouvelle méthode ou le nouvel outil de développement à la mode, ils n’apportent rien de plus que les précédents et changeront dans six mois, mais on est des geeks, on est bien obligé de rester à la pointe, tu comprends. »