Archives de catégorie : blogging

Discussions générales, liens…

Yellow Vests

Prenez une poire et des cahouètes, je vais parler des Gilets Jaunes moi aussi.
 
A) Ce qui n’est pas du tout une surprise, sauf du point de vue chronologique, c’est leur existence, leur détresse, la pertinence stratégique née de n’avoir que peu à perdre et plus personne à croire, enfin le surgissement inévitable de leur insurrection. Nous sommes la nation dont les dominés répondent, à la goutte de trop, par la révolte ; c’est une erreur politique majeure du macronisme que de l’avoir négligé, mais un mythe cohérent dans sa logique ultra-libérale d’un Nouvel Ordre a-historique, d’un renouveau débarassé de la politique ; tout mythe ayant pour fonction d’évacuer la complexité du réel, comme l’a proposé Barthes.
 
B) Ce qui est pour moi, je l’avoue humblement, une double surprise, c’est :
1) Le pathétique de la plus grande partie des médias, qui devant une remise en cause rhétorique somme toute démocratiquement légitime de la qualité de leur travail, de leur plus-value « informationelle », se drapent dans un rejet en bloc, dans un déni mâtiné d’imprécations ad hominem, quasi-point Godwin à la clé. Quand on construit son utilité sociale sur la (totalement légitime) critique des institutions et des paroles publiques, la moindre des choses serait d’accepter la critique et, si besoin, d’y répondre de bonne foi et point par point, pas de traiter ses contradicteurs de fascistes séditieux.
 
2) Lorsque l’on constate le résultat du travail d’UN SEUL journaliste rigoureux et persévérant (je parle bien sûr de David Dufresne), c’est à dire la patiente mais réelle irruption de la question des violences policières dans les médias mainstream, on se prend à rêver de ce qui pourrait advenir si cet exemple (la rigueur et la persévérance, pas forcément le chevalier blanc solitaire) faisait un peu plus d’émules chez les journalistes de France (pour citer je ne sais plus qui, combien de Marx aurions-nous connus s’il y avait eu d’autres Engels ?). (Je regrette aussi qu’il ait fallu, après plusieurs décennies de tabassages institutionnalisés, que les victimes soient des Blancs non périurbains pour qu’on réalise l’abjection, mais c’est un autre débat.)
 
C) Pour un point de vue alternatif (qui ne les épuise pas), j’ai déjeuné ce midi (dans un restaurant végétarien du Marais) non loin de Jean-Seb, très jeune cadre cool (sans cravate) au visage poupin qui « commande à trois gars en Inde ». De façon touchante, Jean-Seb regrette que les GJ ne consacrent pas plutôt toutes ces journées du samedi à des choses plus utiles, par exemple à s’autoformer à de nouvelles technologies ou à se mettre à niveau dans leur domaine. Imaginez « si toute cette énergie était déployée vers quelque chose de constructif ! »
Par ailleurs, à moins de 30 ans Jean-Seb cherche à acheter un premier appart’ dans le Sentier, mais de nos jours tout ce qu’on trouve de décent est à 12.000 € du m², c’est devenu inaccessible. Donc si vous avez des plans à 11 ou 10.000, ça pourrait passer…

Quit the News!

David Cain : Five Things You Notice When You Quit the News

« The news provides information in infinite volume but very limited depth, and it’s clearly meant to agitate us more than educate us. Every minute spent watching news is a minute you are unavailable for learning about the world in other ways.
Read three books on a topic and you know more about it than 99% of the world. »

J’applique les conseils proposés par D. Cain depuis de nombreuses années, à la fois par choix conscient et en préservation de ma santé mentale. Les rechutes, dans la salle d’attente d’un médecin ou devant l’écran d’un lieu public branché sur une chaîne d’« informations », sont assez peu agréables et me confirment dans mon hygiène de vie.

It hurts to look at you

Une belle oral history de la série My So-Called Life, avec mon chouchou Brian Krakow qui 22 ans après est toujours le plus intelligent : The Agony And The Angst : An Oral History of My So-Called Life (Elle.com).

Si vous en voulez plus, quelques dollars permettent d’acquérir le livre génial de Soraya Roberts : In My Humble Opinion. C’est subtil, moderne, réjouissant et très très bien écrit.

La frange sordide

« [Dans une ville] il doit y avoir par endroits des franges un peu sordides où des services ou activités très importantes mais payant de très faibles loyers peuvent s’implanter. Où peuvent aller les bouquinistes, le naturaliste, le magasin de papillons, le studio du professeur de musique, le magasin philanthropique, la personne qui fait des cuillères en bois, le dessinateur de lettres, le marchand de pommes et de caramels, le réparateur de trombones, la clinique alcoolique, la librairie pornographique, le marchand de haschich. C’est tout ça qui fait qu’une ville est une ville au moins autant que cette maudite architecture. »
— Michael Welbank, architecte et urbaniste, courrier de 1968 à l’Etablissement Public d’Aménagement de Cergy-Pontoise.

Le génie des lieux

Cette belle série de France Culture sur l’architecture moderne (et nécessairement l’urbanisme attenant) a joliment accompagné mon été : Le génie des lieux. Je recommande un podcastage intense, d’autant que chaque épisode ne dure d’une demi-heure, c’est assez facile à entreprendre.

Les lieux évoqués sont : la maison de Jean Prouvé (à Nancy), le Centre Pompidou, les Olympiades, l’aéroport d’Orly, la Grande-Motte, la chapelle de Ronchamp par Le Corbusier, le supermarché de Ris-Orangis par Claude Parent, et La Défense.

Nouvelle Ville

« Delouvrier, mettez-moi de l’ordre dans ce bordel ! », citation apocryphe de De Gaulle à Paul Delouvrier, qui créera les cinq Villes Nouvelles de la région parisienne.

Les deux balades sonores consacrées à la ville de Cergy par Les Voix d’Ici sont une réussite fabuleuse.
C’est sympatique, rigoureux, passionnant et même parfois émouvant.

A télécharger ici et à écouter avec ses pieds, à 50 minutes de RER de Châtelet :

Top 2015, fin

Pour rappel vous pourrez écouter des extraits de ces 30+ albums sur ces deux playlists Spotify : celle des albums #16 à #30, et celle des #1 à #15 (désormais complète).


Vous pouvez également écouter une playlist de super chansons découvertes en 2015, sans ordre particulier. Vous y ajouterez le soundcloud de Cabane, car le morceau n’est plus disponible sur Spotify.

Enfin vous retrouverez le classement complet sur la page des tops ainsi que quelques coups de cœur supplémentaires (concerts, livres…).

Top 2015 (#25)

25. Anonymous Choir – Sings Leonard Cohen

Le Anonymous Choir est une chorale féminine de Minneapolis dirigée par l’admirable Nona Marie Invie, qui chante lead et s’accompagne au piano. Après une fantastique relecture intégrale de After The Gold Rush il y a deux ans, ce nouvel album offre certaines des meilleures chansons de Leornard Cohen dans des arrangements pour chœur somptueux. Le concept était assez périlleux et le résultat témoigne une nouvelle fois du talent de Nona Marie Invie, par ailleurs chanteuse et compositrice du brillant groupe de folk racé Dark Dark Dark.

Aparté : Philippe Dumez porte une double responsabilité dans ce classement et dans la germination de cette idée saugrenue d’y apporter un enrichissement éditorial. D’une part il s’est enquis récemment de ce que j’écris actuellement, ce qui est flatteur et encourageant, et d’autre part je lui dois ma découverte du Anonymous Choir.

Il est impossible de résumer tout ce que Philippe nous a apporté depuis quinze ans (même les gens du Figaro le qualifient, fort justement, de « chic type ») mais si je dois choisir je vous recommande chaleureusement de lire en intégralité son blog Les Ecumeurs, qui regroupe entretiens et photographies de ces fous furieux que l’on croise à tous les concerts à Paris, ainsi que son tout récent livre Basse Fidélité, aux éditions Le Mot et le Reste. Pour en avoir lu une première version auto-éditée il y a quelques années, je peux certifier que ce Je me souviens d’un immense fan de musique est drôle, passionnant et délicieux.