Archives de l’auteur : manur

Rétrospective 2020 (11)

TORRES – Silver Tongue

Silver Tongue est un retour en forme pour Mackenzie Scott. Les sons électroniques qu’elle a ajouté ces dernières années à ses compositions sont toujours là, mais désormais mieux équilibrés avec l’énergie brute et les accents vocaux très « indés » qui sont ses véritables forces. Une bonne cuvée.

Phoebe Bridgers – Punisher

Le succès de Phoebe Bridgers n’a cessé de grimper depuis plusieurs années, et avec un premier album aussi fabuleux que Stranger In The Alps, il n’y a pas de raison de s’en étonner. Ont suivi un brillantissime EP sous le nom de boygenius avec Julien Baker et Lucy Dacus (trio de rêve) et un album sympathique avec Conor Oberst (intitulé Better Oblivion Community Center). Voici donc la livraison de 2020, Punisher, qui lui a permis de conquérir palanquée de nouveaux fans. En ce qui me concerne je le trouve fort agréable, garni de plusieurs très bons morceaux, mais peut-être pas aussi indiscutable que je l’espérais et que l’opinion publique le revendique. Fi de mes prévenances, voici le point d’orgue de l’album, tout en crescendo : I Know The End.

HAIM – Women In Music Pt. III

Les toutes premières vidéos live de HAIM, avant la sortie de leur premier album, étaient enthousiasmantes, avec un héritage Fleetwood Mac assumé (Stevie Nicks est une fan) et une énergie communicative. Je n’ai jamais retrouvé cette joie au sein de leurs deux premiers albums, très propres et très produits, à l’américaine, mais sans rien qui dépasse. Il faut reconnaître qu’enfin, avec Women In Music Pt. III, il se passe quelque chose en studio pour HAIM. On y trouve des chansons bien troussées, des riffs de guitare bien californiens, des rythmes infectieux, des excursions funky, et toujours une prise de son impeccable qui rend le tout agréable à souhait. Il serait dommage de s’en priver.

Rétrospective 2020 (10)

Mourn – Self-Worth

Les jeunes barcelonaises de Mourn en sont à quatre albums en six ans et c’est toujours aussi bien. Leur punk féministe énervé et revanchard ne s’en laisse conter par personne. Go Girls !

Cloud Nothings – The Black Hole Understands

Je n’aime pas tous les albums de Cloud Nothings : ils appuient parfois trop sur leur côté « noisy trash » à mon goût (pour de l’enregistrement studio). Cet opus, The Black Hole Understands, fait partie des plus pop de leur discographie, et à ce titre me ravit. Un jour nous retournerons voir des concerts de Dylan Baldi qui alignera les tubes sans répit pendant 90 minutes, et on sera trempés de sueur à la fin, et ce sera BIEN !

Beach Bunny – Honeymoon

Les américains de Beach Bunny, menés par l’ultra-cool Lili Trifilio, sont encore plutôt peu connus, mais ils ont commis un des plus réjouissants (premiers) albums de l’année écoulée. Leur indie rock déployé sur Honeymoon m’évoque Alvvays et également un peu The Beths, d’excellentes (possibles) influences. Ajoutons pour être complet qu’ils ont déjà sorti un génial EP (Blame Game) en 2021, qui augure drôlement bien pour la suite.

Rétrospective 2020 (09)

Aujourd’hui, hip-hop.

Princess Nokia – Everything Sucks / Everything is Beautiful

Princess Nokia n’a pas cédé à la facilité en sortant deux albums la même semaine : l’oppressant et minimaliste Everything Sucks ainsi que le chaud et old-school Everything is Beautiful. (Bien sûr cette dualité fait partie du propos.) Pas de chance cependant de les proposer la dernière semaine de février 2020, les derniers jours du monde d’avant. Ré-explorez-les en 2021, c’est du grand art, bien loin du tout-venant trap sans imagination. Le clip complètement Not Safe For Work de Balenciaga en était le choc annonciateur :

Run The Jewels – RTJ4

A ce stade, Run The Jewels est à juste titre une institution, et l’on a souligné ad nauseam la parfaite synchronisation, temporelle et thématique, de la sortie de RTJ4 avec le mouvement Black Lives Matter. La lutte politique et intersectionnelle des classes racisées et exploitées est le sujet le plus important de notre ère, mais n’oublions pas de rappeler que l’album est un chef-d’œuvre qui surpasse même leur opus 2. Les beats sont complètement fous, le flow impeccable, et El-P et Killer Mike toujours aussi fascinants et provoqueurs-de-pensée (pour un éclairage parfois à couper le souffle sur les idées non conventionnelles et très construites de ce dernier, ne pas manquer la docu-série Trigger Warning sur Netflix).

Aesop Rock – Spirit World Field Guide

La production d’Aesop Rock depuis None Shall Pass est un sommet absolument indépassable. Esprits, morts-vivants et zombies peuplent Spirit World Field Guide, un « guide pratique » du « tourisme surnaturel » dont les tempos sont légèrement ralentis par rapport à son habitude, mais pas son débit virtuose. Probablement pas son album le plus accessible mais un nouveau chef-d’œuvre et plusieurs dizaines d’heures à passer sur Genius pour en suivre tous les méandres.

Rétrospective 2020 (08)

Aujourd’hui, power-pop.

The Beths – Jump Rope Gazers

Pour leur deuxième album, les néo-zélandais de The Beths tiennent leurs promesses. Elizabeth Stokes et ses comparses nous offrent dix morceaux pleins de hooks, de power chords, de belles mélodies et d’harmonies vocales. Tout ce qu’on aime.

The Yum Yums – For Those About To Pop

Depuis le début des années 90, le norvégien Morten Henriksen entretient bien vivante la flamme de la power-pop nordique à grand coups de riffs et de chœurs doo-wop, au sein d’une constellation de groupes hyper réjouissants. (On aura bientôt l’occasion de reparler de tout ça.) Comme le titre de l’album For Those About To Pop l’annonce sans ambages, on ne fera pas dans la subtilité ici : punk, bubblegum et garage sont au rendez-vous sur une base mélodique pleine d’entrain, bref l’esprit des Ramones mâtiné de girl groups 60s. Quatorze bombinettes de 3 minutes max, sans baisse de rythme, qui poursuivent une série d’albums excellents.

Silver Sun – Switzerland

Silver Sun, de Londres, s’est fait un nom avec génial album « éponyme » en 1997, qui fut la première production de Nigel Godrich. Son chanteur et compositeur James Broad a persévéré en sortant régulièrement d’excellentes galettes de power-pop durant les 23 années qui ont suivi, parfois enregistrées seul lorsque les moyens logistiques venaient à manquer. Se sachant malade, il a complété ce Switzerland en 2020, rejoint par des membres du groupe sur certains titres. C’est une réussite, pleine à craquer de tubes comme tous les précédents. James Broad s’est éteint en octobre 2020.

Rétrospective 2020 (07)

Aujourd’hui : guitares en feu.

Spanish Love Songs – Brave Faces Everyone

Avec leur punk-rock mélodique, les Spanish Love Songs m’évoquent un peu Conor Oberst (période Lifted, ma préférée) et beaucoup les Menzingers. Les sujets abordés ne sont pas amusants, et justifient toute la colère qui s’exprime à juste titre envers une époque où le spectacle est devenu la pièce centrale d’un suicide collectif, où le vrai n’est même plus un moment du faux. Malgré tout, la mélodie n’est jamais oubliée et Brave Faces Everyone contient quelques uns des refrains les mieux troussés de 2020.
J’aime bien la vidéo de Losers, qui voit le groupe se rebeller cruellement (pour de rire) contre son leader infatué :

Dogleg – Melee

Unanimement salué comme l’un des meilleurs albums de post-hardcore de l’année par la plupart des sites indés (avec même un Best New Music de Pitchfork, qui a laissé passer par erreur une review positive d’un groupe à guitares, j’espère que le coupable a été sanctionné), Melee est une explosion de fureur et de cris qui fait du bien, tout en étant très emo et donc à fleur de peau. Qu’un album aussi fort ait été enregistré en home-studio donne de grands espoirs pour la suite du groupe.

Body Count – Carnivore

Si vous n’avez pas été conquis par le rap-metal de Ice-T et ses potes en 1992 à l’occasion de leur premier album (pas de honte à écouter Pow Wow à la place, j’imagine), il y a peu de chance que vous soyez convaincus par Carnivore en 2020. Cependant, pour nous autres… wow ! Tous les 3 ans, Body Count ajoute une pierre à sa discographie sans baisser en qualité ni en violence sonore. Certes la formule n’a guère changé depuis Cop Killer, mais c’est toujours fabuleusement bien fait et le fond du problème décrit par Ice-T a été plus que jamais d’actualité durant l’année écoulée. Ci-dessous l’une des rares vidéo-de-confinement supportables (avec Riley Gale de Power Trip, tragiquement décédé peu de temps après) :

Rétrospective 2020 (06)

Aujourd’hui nous sommes : boréal.

Anna von Hausswolff – All Thoughts Fly

Tout d’abord une photo, qui vaut tout ce que je pourrais écrire :

Anna von Hausswolf est donc toujours à l’orgue pour All Thoughts Fly. Acoustique et instrumental, le cinquième album de la norvégienne est probablement moins accessible que les précédents. Il reste toutefois aussi apocalyptique, aussi démesuré, et aussi superbement composé que ceux-ci.

Jaga Jazzist – Pyramid

Le retour du collectif post-jazz norvégien était inattendu (pour moi), mais une excellente surprise. En seulement 4 morceaux, Pyramid nous emmène dans un trip inclassable et, conformément à leur marque de fabrique, imprévisible. Saxophone et riffs électroniques s’entrechoquent avec une instrumentation plus classiquement rock, sans élitisme et surtout sans prétention « free ». Il manque peut-être un « tube » comme un Kitty Wu ou un Oslo Skyline pour que le groupe n’atteigne les sommets de sa production des années 2000, mais l’album ne ternit nullement sa brillante discographie.

Le titre d’ouverture, Tomita, dure presque 14 minutes, mais la vidéo ci-dessous a la prévenance de vous en proposer un extrait de 4 minutes :

Hjaltalín – Hjaltalín

L’album des islandais est self-titled, mais ce n’est bien sûr pas leur premier. J’ai été un fan inconditionnel de leur rock chambriste et même parfois « symphoniste » à l’époque de Terminal (2009), mais leur virage électro dépouillée et neurasthénique de la décennie écoulée m’avait déçu. J’avoue que même la première écoute des morceaux en pré-sortie de cet album Hjaltalín ne m’avait pas convaincu. C’est lorsque j’ai pu l’écouter comme un tout que j’ai pu accepter le remplacement des instruments organiques par des nappes de synthétiseur tout de même raffinées, et que l’album s’est imposé comme un bel ensemble cohérent, d’une discrète mais indéniable beauté. Ne faites pas comme moi, ne passez pas à côté de l’un des disques les plus élégants de 2020.

L’éducation et la raison

« Ni la Constitution française ni même la Déclaration des droits ne seront présentées à aucune classe de citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l’enfance ; et on pourra leur dire : « Cette Déclaration des droits qui vous apprend à la fois ce que vous devez à la société et ce que vous êtes en droit d’exiger d’elle, cette Constitution que vous devez maintenir aux dépens de votre vie ne sont que le développement de ces principes simples, dictés par la nature et par la raison dont vous avez appris, dans vos premières années, à reconnaître l’éternelle vérité. Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auront été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. » »
– Condorcet, Rapport et projet de décret relatifs à l’organisation générale de l’instruction publique, Assemblée législative, 20 et 21 avril 1792.

Rétrospective 2020 (05)

Un doublé Don Giovanni Records, le super label du New Jersey qui publie d’excellents artistes trop peu estimés (Laura Stevenson, Screaming Females, Bat Fangs, Supercrush…) et qui maintient bien fort la tradition d’un punk-rock poppy à guitares trop musclé et pas assez cool pour la critique.

Teenage Halloween – (self titled)

Le premier album de Teenage Halloween tape fort, crie, danse et saute, plein de colère adolescente, mais n’oublie jamais la mélodie. Ce sont toujours des moments qui font plaisir à voir et à entendre, cette complicité du jeune groupe qui a enfin trouvé son espace, qui joue d’abord pour son plaisir.

Bad Moves – Untenable

Découvert en toute fin d’année, ce Untenable est devenu directement mon album préféré de pure indé/power-pop de 2020. Ces morceaux sont avant tout fun, mais avec une légère teinte mélancolique et socialement consciente (le titre de l’album est tiré d’une piste nommée Working for Free… vous captez ?). Souvent il n’y a pas de mots précis pour décrire une joie éprouvée (ou plutôt cela requiert plus de talent qu’à disposition) donc voici mieux, la musique :

Rétrospective 2020 (04)

This Is The Kit – Off Off On

La joie d’écouter un aussi bon album de chansons, finement travaillées et superbement produites (par Josh Kaufman, que l’on retrouvera plus tard dans cette rétrospective) est multipliée par celle de constater la belle évolution de la parisienne Kate Stables depuis ses premiers enregistrements sous le nom de This Is The Kit il y a dix ans. Bien que les morceaux soient remarquablement variés, ils font preuve d’une inventivité constante ; la voix y est superbe et maîtrisée ; les arrangements sont impeccables. Un plaisir d’écoute de bout en bout.

Strum & Thrum: The American Jangle Underground 1983-1987 (compilation Captured Tracks)

Cette excellente compilation de 28 titres choisit son étroit sujet et n’en démord pas : tenter et prouver qu’au milieu des années 80 les Etats-Unis étaient aussi une terre d’indie-pop « jangle », toutes guitares carillonnantes, plaidoyers d’amour et chœurs époumonés de série. (Oui, il y a deux Rickenbacker sur la pochette, il faut ce qu’il faut.)
Nous ne sommes toutefois pas au Royaume-Uni et toute cette scène n’existe que dans les sous-sols de campus universitaires isolés dans un continent de variétoche spectaculaire, leurs morceaux étant couchés sur bande avec parfois un amateurisme touchant. Ce n’est pourtant pas l’important : cette généreuse collection de pépites sous l’influence des Byrds et de R.E.M. regorge de beauté et d’énergie communicative, et de son bouillonnement émergera le rock indé des années 90.

Retrospective 2020 (03)

Aujourd’hui : Electro.

Annie – Dark Hearts

Pendant quelques années de la décennie 2000, Annie fut la reine incontestable de la synth-pop scandinave avec des tubes comme Chewing Gum ou My Love Is Better, portant des albums enthousiasmants mais un peu trop classieux et en demi-teinte pour remporter un grand succès commercial dans le contexte de l’époque. Son retour en 2020 après un quasi-silence de dix ans s’est fait avec le magnifique Dark Hearts, album d’une subtile mélancolie aux tempos légèrement plus lents, comme sied à son thème : la mémoire d’un amour perdu trop jeune. La musique d’Annie reste splendide, décidément plus préoccupée par l’excellence de la mélodie pop que par la surenchère d’effets sonores.

Yaeji – WHAT WE DREW 우리가 그려왔던

La jeune américano-coréenne new-yorkaise Yaeji avait produit en 2017 deux excellents EPs de dream-house sur lesquels elle posait son envoutant parlé-chanté-rappé bilingue, puis dans la foulée un fantastique DJ Set pour Boiler Room. La suite a tardé a venir, mais cette année a vu la sortie de son enthousiasmant 1er album/mixtape, WHAT WE DREW. La pure coolitude.