Archives de l’auteur : manur

L’éducation et la raison

« Ni la Constitution française ni même la Déclaration des droits ne seront présentées à aucune classe de citoyens, comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer et croire. Leur enthousiasme ne sera point fondé sur les préjugés, sur les habitudes de l’enfance ; et on pourra leur dire : « Cette Déclaration des droits qui vous apprend à la fois ce que vous devez à la société et ce que vous êtes en droit d’exiger d’elle, cette Constitution que vous devez maintenir aux dépens de votre vie ne sont que le développement de ces principes simples, dictés par la nature et par la raison dont vous avez appris, dans vos premières années, à reconnaître l’éternelle vérité. Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auront été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. » »
– Condorcet, Rapport et projet de décret relatifs à l’organisation générale de l’instruction publique, Assemblée législative, 20 et 21 avril 1792.

Rétrospective 2020 (05)

Un doublé Don Giovanni Records, le super label du New Jersey qui publie d’excellents artistes trop peu estimés (Laura Stevenson, Screaming Females, Bat Fangs, Supercrush…) et qui maintient bien fort la tradition d’un punk-rock poppy à guitares trop musclé et pas assez cool pour la critique.

Teenage Halloween – (self titled)

Le premier album de Teenage Halloween tape fort, crie, danse et saute, plein de colère adolescente, mais n’oublie jamais la mélodie. Ce sont toujours des moments qui font plaisir à voir et à entendre, cette complicité du jeune groupe qui a enfin trouvé son espace, qui joue d’abord pour son plaisir.

Bad Moves – Untenable

Découvert en toute fin d’année, ce Untenable est devenu directement mon album préféré de pure indé/power-pop de 2020. Ces morceaux sont avant tout fun, mais avec une légère teinte mélancolique et socialement consciente (le titre de l’album est tiré d’une piste nommée Working for Free… vous captez ?). Souvent il n’y a pas de mots précis pour décrire une joie éprouvée (ou plutôt cela requiert plus de talent qu’à disposition) donc voici mieux, la musique :

Rétrospective 2020 (04)

This Is The Kit – Off Off On

La joie d’écouter un aussi bon album de chansons, finement travaillées et superbement produites (par Josh Kaufman, que l’on retrouvera plus tard dans cette rétrospective) est multipliée par celle de constater la belle évolution de la parisienne Kate Stables depuis ses premiers enregistrements sous le nom de This Is The Kit il y a dix ans. Bien que les morceaux soient remarquablement variés, ils font preuve d’une inventivité constante ; la voix y est superbe et maîtrisée ; les arrangements sont impeccables. Un plaisir d’écoute de bout en bout.

Strum & Thrum: The American Jangle Underground 1983-1987 (compilation Captured Tracks)

Cette excellente compilation de 28 titres choisit son étroit sujet et n’en démord pas : tenter et prouver qu’au milieu des années 80 les Etats-Unis étaient aussi une terre d’indie-pop « jangle », toutes guitares carillonnantes, plaidoyers d’amour et chœurs époumonés de série. (Oui, il y a deux Rickenbacker sur la pochette, il faut ce qu’il faut.)
Nous ne sommes toutefois pas au Royaume-Uni et toute cette scène n’existe que dans les sous-sols de campus universitaires isolés dans un continent de variétoche spectaculaire, leurs morceaux étant couchés sur bande avec parfois un amateurisme touchant. Ce n’est pourtant pas l’important : cette généreuse collection de pépites sous l’influence des Byrds et de R.E.M. regorge de beauté et d’énergie communicative, et de son bouillonnement émergera le rock indé des années 90.

Retrospective 2020 (03)

Aujourd’hui : Electro.

Annie – Dark Hearts

Pendant quelques années de la décennie 2000, Annie fut la reine incontestable de la synth-pop scandinave avec des tubes comme Chewing Gum ou My Love Is Better, portant des albums enthousiasmants mais un peu trop classieux et en demi-teinte pour remporter un grand succès commercial dans le contexte de l’époque. Son retour en 2020 après un quasi-silence de dix ans s’est fait avec le magnifique Dark Hearts, album d’une subtile mélancolie aux tempos légèrement plus lents, comme sied à son thème : la mémoire d’un amour perdu trop jeune. La musique d’Annie reste splendide, décidément plus préoccupée par l’excellence de la mélodie pop que par la surenchère d’effets sonores.

Yaeji – WHAT WE DREW 우리가 그려왔던

La jeune américano-coréenne new-yorkaise Yaeji avait produit en 2017 deux excellents EPs de dream-house sur lesquels elle posait son envoutant parlé-chanté-rappé bilingue, puis dans la foulée un fantastique DJ Set pour Boiler Room. La suite a tardé a venir, mais cette année a vu la sortie de son enthousiasmant 1er album/mixtape, WHAT WE DREW. La pure coolitude.

Rétrospective 2020 (02)

PUP – This Place Sucks Ass EP

Très bon EP de six titres, dont une explosive reprise de Grandaddy, par l’excellent groupe (pop) punk PUP dont l’entière discographie est imparable. Et puis il est exact que this place sucks ass, métaphoriquement et pas métaphoriquement.

PUP vient de sortir un morceau de Noël co-composé et co-interprété avec un autre groupe que j’apprécie énormément, Charly Bliss. Voici cette perle de saison (pas sur l’EP), peut-être la chanson de l’année, au sens le plus littéral.

Circus Trees – Delusions EP

Les trois sœurs qui composent Circus Trees ont moins de 18 ans, mais ça ne s’entend pas. Cet EP d’emo/sadcore aux guitares bien lourdes a été un complément bienvenu au formidable album de Greet Death (New Hell) découvert tard l’année dernière et écouté probablement un million de fois en 2020. Ce Delusions EP est génial et extrêmement prometteur pour la suite :

Rétrospective 2020 (01)

Il y a beaucoup d’albums sortis cette année que j’aimerais vous encourager à découvrir s’ils vous ont échappés. Pressons-nous donc, la saison pour ce genre de choses est déjà bien engagée. On commencera par quelques EPs.

The Oh Hellos – Boreas EP & Zephyrus EP

Ces deux EPs complètent une série entamée en 2017 et qui en compte quatre, nommés selon les quatre Vents de l’Antiquité Grecque. Mené par un duo constitué d’un frère et une sœur, les Oh Hellos proposent une musique aux accents folk maximalistes réconfortante et riche de couleurs, qui peut évoquer Sufjan Stevens dans ses jours les plus acoustiques (et les plus intéressants), un banjo virevoltant sur de nombreux titres n’y étant pas pour rien. Mais c’est la voix de Maggie Heath posée sur un tapis de chœurs qui achève de faire des Oh Hellos un groupe précieux.

Pure Bathing Culture – Carrido EP

La dream pop de Pure Bathing Culture est un chaînon possible entre Fleetwood Mac et The War on Drugs, moelleuse et ouatée, mais subtilement vénéneuse aussi, forcément. Certes, en quatre titres dont une reprise, Carrido n’atteint pas tout à fait les hauteurs de leur formidable album de l’année dernière (Night Pass), mais c’est beau et cela fait du bien. (Et puis quelqu’un qui joue sur une Rickenbacker 360 mérite tout notre amour.)

Dell’amore

« J’éprouve un charme, dans ce pays-ci, dont je ne puis me rendre compte : c’est comme de l’amour ; et cependant, je ne suis amoureux de personne. »
— Stendhal, Rome, Naples et Florence en 1817

Les horreurs

« Les horreurs viennent toujours d’une petite âme qui a besoin de se rassurer sur ses propres mérites. »
— Stendhal, De l’amour.

Erotiser le savoir

« Je dirais que la première chose qu’on devrait apprendre, si cela a un sens d’apprendre quelque chose comme ça, c’est que le savoir est tout de même profondément lié au plaisir. Enfin, qu’il y a certainement une façon d’érotiser le savoir, de rendre le savoir hautement agréable. Et ça, que l’enseignement ne soit pas capable même de révéler cela, que l’enseignement ait presque pour fonction de montrer combien le savoir est déplaisant, triste, gris, peu érotique, je trouve que c’est un tour de force.

Mais ce tour de force, il a certainement sa raison d’être. Il faudrait savoir pourquoi est-ce que notre société a tellement d’intérêt à montrer que le savoir est triste. Peut-être, précisément, à cause du nombre de gens qui sont exclus de ce savoir.

Il faut bien, si l’on veut restreindre au maximum le nombre de gens qui ont accès au savoir, le présenter sous cette forme parfaitement rébarbative, et ne contraindre les gens au savoir que par des gratifications annexes, sociales, qui sont précisément la concurrence, ou les hauts salaires en fin de course, etc. »

— Michel Foucault à Radioscopie (1975)