Art kills time

“Art’s a funny thing, doesn’t seem to have any connection with our lives, just gets itself made—and when it is good there’s no time in it at all. Kills time, that’s art. Brings up a lot of old ideas we thought were dead. Not dead at all. Time can’t kill anything, says art. Art kills time.”
— William Carlos Williams, A Voyage to Pagany

Nouvelle Ville

« Delouvrier, mettez-moi de l’ordre dans ce bordel ! », citation apocryphe de De Gaulle à Paul Delouvrier, qui créera les cinq Villes Nouvelles de la région parisienne.

Les deux balades sonores consacrées à la ville de Cergy par Les Voix d’Ici sont une réussite fabuleuse.
C’est sympatique, rigoureux, passionnant et même parfois émouvant.

A télécharger ici et à écouter avec ses pieds, à 50 minutes de RER de Châtelet :

Peau de chagrin

« L’amoureux veut mettre sa maîtresse dans la soie, la revêtir d’un moelleux tissu d’Orient, et, la plupart du temps, il la possède sur un grabat. L’ambitieux se rêve au faîte du pouvoir, tout en s’aplatissant dans la boue du servilisme. Le marchand végète au fond d’une boutique humide et malsaine, en élevant un vaste hôtel, d’où son fils, héritier précoce, sera chassé par une licitation fraternelle. Enfin, existe-t-il chose plus déplaisante qu’une maison de plaisir ? Singulier problème ! Toujours en opposition avec lui-même, trompant ses espérances par ses maux présents, et ses maux par un avenir qui ne lui appartient pas, l’homme imprime à tous ses actes le caractère de l’inconséquence et de la faiblesse. Ici-bas, rien n’est complet que le malheur. »

« J’avais, sans doute, trop de naïveté pour une société factice qui vit aux lumières, qui rend toutes ses pensées par des phrases convenues, ou par des mots que dicte la mode. »

« Au moment, où tout à fait absorbé par sa douce rêverie, Raphaël avait oublié son journal, Pauline le saisit, le chiffona, en fit une boule, le lança dans le jardin et le chat courut après la politique qui tournait, comme toujours, sur elle-même. »

— Honoré de Balzac, La Peau de chagrin

The absence of noise

« There are some resources that we hold in common, such as the air we breathe and the water we drink. We take them for granted, but their widespread availability makes everything else we do possible.
I think the absence of noise is a resource of just this sort. More precisely, the valuable thing that we take for granted is the condition of not being addressed. Just as clean air makes respiration possible, silence, in this broader sense, is what makes it possible to think. »

— Matthew B. Crawford, The World Beyond Your Head: On Becoming an Individual in an Age of Distraction

Top 2015, fin

Pour rappel vous pourrez écouter des extraits de ces 30+ albums sur ces deux playlists Spotify : celle des albums #16 à #30, et celle des #1 à #15 (désormais complète).


Vous pouvez également écouter une playlist de super chansons découvertes en 2015, sans ordre particulier. Vous y ajouterez le soundcloud de Cabane, car le morceau n’est plus disponible sur Spotify.

Enfin vous retrouverez le classement complet sur la page des tops ainsi que quelques coups de cœur supplémentaires (concerts, livres…).

Top 2015 (#1)

1. Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

Lorsque l’on s’aventure à préparer un classement de fin d’année comme celui-ci, plusieurs élans contradictoires peuvent s’emmêler. On peut vouloir tendre à une certaine objectivité, dans le sens où l’on serait persuadé de la supériorité artistique de certains albums par rapports à d’autres — une position à peu près aussi impossible à défendre philosophiquement qu’à réfuter absolument. On peut classifier chaque disque en évaluant avec plus ou moins de rigueur le nombre d’écoutes qu’on lui a consacré ; sans oublier de faire le prorata sur le temps où il a été disponible, tant qu’à être bonnet de nuit. On peut souhaiter représenter la hiérarchie du plaisir personnel apporté par chacune de ces sorties, ordre à la fois corrélé et probablement assez différent du précédent, mais au final assez idiosyncrasique. On peut également décider d’encourager certains artistes en les élevant dans le classement, souvent parce que l’on souhaite contrer ce qui nous paraît comme un déficit injuste de notoriété. Parfois on peut même inclure ou réhausser le rang d’un disque pour donner une image de soi plus conforme à celle que l’on voudrait projeter — que celui qui n’a jamais posté sur Facebook une vidéo de Motörhead me jette la première pierre.

Ces différentes voies présentent chacune un intérêt, mais il me semble que la seule façon de ne pas prendre au sérieux une entreprise par définition indéfendable est de les utiliser toutes, ensemble, pour constituer un classement à la fois personnel et honnête, subjectif et fidèle.

La bonne nouvelle étant que, quel que soit le critère que j’aurais pu choisir pour présider à mon choix s’il avait été moins syncrétique, l’album de Sufjan Stevens aurait tout de même ravi la première place. Ce Carrie & Lowell est à la fois un chef-d’œuvre d’une beauté à couper le souffle et le plus satisfaisant offert par son auteur (que j’avais cru perdu pour la cause avec son précédent opus lourdingue, The Age of Adz). C’est aussi par moment une œuvre extrêmement poignante sur l’amour maternel et filial, sur la maladie mentale, sur la peur existentielle et sur la mort d’un être cher. Si Sufjan Stevens s’est fait connaître il y a une décennie par des arrangements luxuriants et des thèmes très populistes, cet album à la fois dépouillé et extrêmement personnel est sans hésitation son sommet artistique. Espérons que cela donnera à d’autres des idées pour l’année qui commence.