Dear books

Dear books, thank you for being there when nobody else was

L’armée de réserve

« Plus grandissent la richesse sociale, le capital en fonctionnement, l’ampleur et l’énergie de sa croissance, et par conséquent aussi la grandeur absolue du prolétariat et la force productive de son travail, et plus grandit l’armée industrielle de réserve*. (…) Mais plus cette armée de réserve est grande par rapport à l’armée ouvrière active, et plus la surpopulation consolidée, dont la misère est inversement proportionnelle aux tourments infligés par le travail, est massive. Enfin, plus la couche des Lazare de la classe ouvrière et l’armée ouvrière de réserve sont importantes et plus le paupérisme officiel augmente. Ceci est la loi absolue et générale de l’accumulation capitaliste. »
— Karl Marx, Le Capital, volume 1 (1867)

* C’est-à-dire les chômeurs.

Le désir

« Ceux qui gagnent leur vie en travaillant tous les jours n’ont rien qui les aiguillonne à se rendre serviables que leurs besoins, qu’il est avisé de vouloir soulagé, mais qu’il serait insensé de guérir. La seule chose qui donne à un homme de l’ardeur au travail, c’est un salaire modéré. [...] Il découle de tout cela que dans une nation libre où l’esclavage est interdit, la richesse la plus sûre consiste en une masse de pauvres de mentalité travailleuse. Outre le fait qu’ils constituent un source intarissable pour l’approvisionnement de la flotte et de l’armée, il n’y aurait pas sans eux de jouissance possible. [...] Pour rendre la société heureuse et satisfaire le peuple, malgré le besoin dans lequel il se trouve, il faut que la grande majorité demeure à la fois dans l’ignorance et la pauvreté. Le savoir élargit et multiplie nos désirs, et moins un homme désire, plus on peut facilement satisfaire ses besoins. »
— Bernard de Mandeville, Remarques sur la Fable des Abeilles (1714)

Jacques

Sacre

Deux approches merveilleuses autour du Sacre du Printemps.

En premier : 46 enregistrements différents d’une petite partie de l’œuvre, découpés et assemblés côte à côte, et qui offrent une vue très intéressante sur les différences entre les orchestres et les interprétations.

Ensuite, tout le Sacre avec la partition qui défile, pour le plaisir des oreilles et des yeux :

Tellement vrai

Ad Virgilium : « Pour la millième fois, on me demande de chiffrer une fonctionnalité, pour la millième fois je réponds que je ne peux chiffrer que des tâches techniques et qu’il n’y a pas de correspondance évidente et immédiate entre les deux. Je mets en place la nouvelle méthode ou le nouvel outil de développement à la mode, ils n’apportent rien de plus que les précédents et changeront dans six mois, mais on est des geeks, on est bien obligé de rester à la pointe, tu comprends. »

L’inexplicable

Nicolas Sarkozy, 29 novembre 2007 : « Quand on veut expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable. »

La pensée bourgeoise qui se résume elle-même.

Camellia sinensis

Belle série à propos du thé sur le site de la NPR : Tea Tuesdays.

En guise de réponse à Jean Renoir

« A notre époque riche de réflexion et raisonneuse, il ne faut pas être bien malin pour ne pas trouver une bonne raison à tout, même à ce qu’il y a de pis ou de plus pervers. Tout ce qui dans le monde a été corrompu, l’a été pour de bonnes raisons. »

— G.W.F. Hegel, La Science de la logique (1816)

Commun

A la page 100 du Capital, volume I, Karl Marx nous rappelle que l’échange de marchandises ne peut avoir lieu que parce que les propriétaires privés se font face « comme des personnes indépendantes les unes des autres. Mais un tel rapport d’étrangeté réciproque n’existe pas pour les membres d’une communauté naturelle, qu’elle ait la forme d’une famille patriarcale, d’une commune de l’Inde antique, ou d’un Etat inca, etc. L’échange de marchandise commence là où se terminent les communautés, à leur point de contact avec des communautés étrangères. »

Cela éclaire de façon intéressante, je trouve, l’aversion réitérée de la société capitaliste, de la société de l’échange marchand comme principe social premier, pour le « communautarisme », posture qui n’est jamais qu’un froncement de sourcil vis-à-vis des communautés des autres, jamais des siennes. L’échange de marchandise commence là où se terminent les communautés.

Le meilleur des mondes

« Les économistes [bourgeois] ont une singulière manière de procéder. Il n’y a pour eux que deux sortes d’institutions, celles de l’art et celles de la nature. Les institutions de la féodalité sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en cela aux théologiens qui, eux aussi, établissent deux sortes de religions. Toute religion qui n’est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une émanation de Dieu… Ainsi il y a eu une histoire mais il n’y en a plus. »
— Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847

Faust

« L’écolier : Cependant un mot doit toujours contenir une idée.
Méphistophélès : Fort bien ! mais il ne faut pas trop s’en inquiéter, car où les idées manquent, un mot peut-être substitué à propos ; on peut avec des mots discuter fort convenablement, avec des mots bâtir un système ; les mots se font croire aisément, on n’en ôterait pas un iota. »
— J. W. Goethe, Faust, 1ère partie.

Invicible

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

William Ernest Henley, Invictus (1875).

Parabole

Parable of the Polygons est l’une des pages web les plus importantes que j’ai vues cette année. Avec des règles mathématiques très simples, elle montre l’effet cumulatif que peuvent avoir de petits préjugés individuels sur l’ensemble d’une société.

Puis, dans une articulation surprenante, elle montre l’efficacité (ou non) à contrebalancer une situation de départ inégalitaire par la diminution des préjugés individuels.

Ce qui est particulièrement magnifique est que seule la logique la plus systématique (et la plus abstraite) est employée ; très peu de subjectivité là dedans.</l’informaticien autiste>

Tout ça est en plus très marrant, avec de jolis dessins mignons et des petits jeux très rapides.

Faites moi plaisir, courez regarder ça. (Et fuyez la traduction « française », baclée et ignoble.)

Les sentiers escarpés

Question assez préoccupante, à mon sens : peut-on, ou pas, joindre dans une même idéologie Karl Marx et le « soviétisme », voire le stalinisme.

Un élément de réponse à décharge :

« Indépendamment de motivations plus nobles, c’est leur intérêt propre le plus réel qui commande aux classes actuellement dominantes de balayer tous les obstacles contrôlables légalement qui freinent encore le développement de la classe ouvrière. (…) Même lorsqu’une société est sur le point de parvenir à la connaissance de la loi naturelle qui préside à son évolution — et la fin ultime visée par cet ouvrage est bien de dévoiler la loi d’évolution économique de la société moderne — elle ne peut cependant ni sauter, ni rayer par décret les phases naturelles de ce développement. Mais elle peut abréger et atténuer les douleurs de l’enfantement. (…)

Moins que toute autre encore, ma perspective, qui consiste à appréhender le développement de la formation économico-sociale comme un processus historique naturel, ne saurait rendre un individu singulier responsable de rapports et de conditions dont il demeure socialement le produit, quand bien même il parviendrait à s’élever, subjectivement, au-dessus de ceux-ci. »

— Karl Marx, Le Capital, livre I, préface à la première édition allemande (1867)

 

En bonus :

« Il n’y a pas de route royale pour la science, et ceux-là seulement ont chance d’arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés. »

— Préface à l’édition française (1872), écrite en français par Marx

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