Mon A.D.N.

Charmant petit documentaire (26 minutes), malgré la voix de PPDA, sur cette femme étonnante, hors de son siècle, que fut Alexandra David-Néel, et sa maison à Digne. Véritable intellectuelle, arpenteuse infatigable, anarchiste, féministe, bouddhiste ardente, écrivain magnifique, parfois péremptoire et simpliste comme peuvent l’être les précurseurs fascinés, souvent juste et bienveillante à rebours de son époque, coloniale et guérrière.

Cette petite chose ne fait qu’effleurer tout cela, mais avec une élégance si peu télévisuelle qu’il faut la saluer.

Disorientated by our success

Un superbe documentaire sur dEUS datant de 2009, probablement à réserver aux fans. J’imagine qu’il a été produit à l’occasion de la re-issue de leur premier album, Worst Case Scenario — c’en est le making-of, avec des interviews du line-up original (incluant donc Stef Kamil Carlens et Rudy Trouvé). Cela s’appelle Time is the state of my jeans :

Deux passages particulièrement marquant, chacun à leur manière, pour lesquels je n’ai pu me retenir de faire le storyboard :

Amoureux d’Anne Frank

Anne FrankAfin de traverser le Marais, il aimait faire le court détour qui passait par la rue des Rosiers. Esquivant les rabatteurs des restaurants de falafels et les tracts des missionnaires orthodoxes, il se plaisait à observer les jeunes et souvent jolies ashkénazes américaines, dépaysées dans ce shtetl anti-haussmannien et illuminées par la promesse d’un encas aux réminiscences familiales.
Qui n’a pas été amoureux d’Anne Frank à quatorze ans n’a pas de cœur, rêvait-il, se rappelant de ses séjours à Amsterdam avec un mélange d’horreur et de mélancolie indémêlable. Il imaginait volontiers sa vie ayant pris un tour tout autre, vivant une histoire d’amour avec ces new-yorkaises aux cheveux bruns, peut-être une Shoshanna, peut-être violoniste. Marié, et pourquoi pas converti. Il s’enivrait d’un voyage improbable à Vilnius, sur les traces d’un arrière-arrière-grand-oncle rabbin et fameux, et croyait presque sentir l’odeur d’encens rance de vieilles synagogues lituaniennes miraculeusement préservées par les désastres modernes.
Plus loin, rue des Nonnains d’Hyères, tout cela se dissipait à mesure que la Seine se précisait en contrebas. La vue d’une chevelure blonde et d’une robe à fleur très parisienne le rappelaient à une psycho-géographie plus rationnelle. Il s’engouffrait dans le métro le cœur allégé, emportant avec lui la possibilité enivrante d’une vie différente, le cadeau inépuisable de cette ville.

Le Sonnet

« Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu.
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;

À l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas. »

— Félix Arvers, « Le Sonnet d’Arvers » (1833)

Wikipedia : « Aujourd’hui on a du mal à trouver quelques personnes qui connaissent encore le nom de l’auteur et on a de la peine à penser qu’au XIXe siècle non seulement ce poème était sur toutes les lèvres, mais on ne cessait de s’interroger sur l’identité de la femme mystérieuse. »

Etat Civil

« Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état civil. »
— Michel Foucault, L’Archéologie du Savoir

A sort of fortunate fail

« It is possible to think of language as the most versatile, and maybe the original, form of deception, a sort of fortunate fail; I lie and am lied to, but the result of my lie is mental leaps, memory, knowledge… I become human, and increasingly more human, because the acrobatic gift of my lie tears into a truth of another sort. »
— Paul Zweig

Ramen

Sophie Brickman, The History of the Ramen Noodle — The New Yorker, may 2014

C’est ce que, souvent, j’ai l’impression que la presse américaine, dans ses incarnations les plus brillantes, est capable de faire, et que la presse française est tellement navrante qu’elle n’a même pas l’idée d’essayer, même pas l’idée que c’est possible.

Etre passionnant et érudit en parlant de quelque chose d’apparemment trivial. Tout en étant drôle, tout en étant respectueux de son sujet. Tout en écrivant avec style.

Graphique

Riad mon ❤

Dédicace de Riad Sattouf

Pleasant fictions of the law

« There are many pleasant fictions of the law in constant operation, but there is not one so pleasant or practically humorous as that which supposes every man to be of equal value in its impartial eye, and the benefits of all laws to be equally attainable by all men, without the smallest reference to the furniture of their pockets. »
— Charles Dickens, Nicholas Nickleby

Opération Dispersion

Il y a quelques mois, Philippe Dumez se débarassait de sa collection de t-shirts « rock » en les proposant à ses lecteurs, en échange d’une photographie et d’un texte justifiant leur choix. Ces éléments ont été rassemblés dans un fanzine à tirage limité envoyé gracieusement à tous les contributeurs (Philippe Dumez est un garçon généreux). Si vous n’en étiez pas, voici ma contribution :

Partie 1

Partie 2

La photographie me montre, portant l’objet, ainsi que les deux autres t-shirts Death Cab que je possède. (On a les signes extérieurs de richesse qu’on peut.)

Juste un peu de Laura Stevenson

The american dream

« It’s called the American Dream because you need to be asleep to believe it. »
— George Carlin

The Hotelier

C’est le premier album qui m’enthousiame véritablement depuis le début de cette année 2014. C’est The Hotelier, très jeune groupe DIY du Massachusetts (j’aime bien écrire tous ces s et tous ces t), avec Home, Like Noplace Is There, complètement émo/pop-punk, mais mieux que ça, avec des réminiscences de At The Drive-In ou des Weakerthans. C’est surtout une bonne demi-douzaine de morceaux brillants sur lesquels on a envie de secouer la tête, aveuglé par les projecteurs et les cheveux devant les yeux.

Commencez par le titre 2, The Scope of All of This Rebuilding, puis cherchez votre favori ensuite. Discomfort Revisited est le mien.

Une chute parfaite

Le meilleur album du monde est sorti il y a quinze ans aujourd’hui. Bon anniversaire, The Ideal Crash de dEUS, et bon anniversaire surtout à tous ceux qui l’ont aimé.

Oum Shatt

Joli premier EP pour Oum Shatt, groupe berlinois à la croisée de nombreux styles (slow surf rock, « arab rock’n'roll », post-punk ligne claire, indé strokes-ienne) mais nettement meilleur que la somme de ces parties.

Et puis « Power to the Women of the Morning Shift », quel titre !

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