Archives de catégorie : musique

Top 2015 (#23)

23. Lubomyr Melnyk – Rivers and Streams

Les morceaux du compositeur Lubomyr Melnyk vont par flux et reflux, construisent par nappes une émotion qui a toujours été là, se meuvent sans cesse mais avancent avec la prudence d’une caresse. Le compositeur en a posé les bases à Paris dans les années 1970, mais cette musique forme surtout un autre versant, moins connu et plus romantique, du minimalisme américain. (Les pièces pour piano de Philip Glass, qu’une vie ne me suffira probablement pas à épuiser, en constituent un complément éloquent.)

La musique de Lubomyr Melnyk émerge d’une avalanche pianistique très maîtrisée qui laisse la réverbération fondre entre elles les notes. Cette virtuosité, qui est souvent la qualité la moins intéressante d’un musicien, est ici au service d’un véritable but ; si le pianiste a développé son jeu afin d’atteindre des vitesses rares (peut-on lire) ce n’est pas par épate mais pour approcher, par cette pratique de concentration intense, ce que dans un entretien il nomme « la transcendance par le piano ». Un peu de cette transcendance passe à l’écoute, et peut-être nous rend-elle meilleurs.

Top 2015 (#24)

24. Alma Forrer – Ne dis rien (EP)

Si nous sommes chanceux, Alma Forrer sortira un album complet en 2016.

En attendant il y a une dizaine de chansons à piocher sur ses deux EPs, splendides ouvrages d’orfèvrerie folk d’un classissisme américanophile remarquable, chantés dans un français impeccable. Personne n’évoque des artistes comme Joan Baez ou Townes Van Zandt avec autant d’élégance sobre ; bien peu écrivent dans une langue aussi poétiquement délicate.

Top 2015 (#28)

28. Widowspeak – All Yours

Une ambiance de soirée devant la cheminée, des guitares ligne claire, une basse ronronnante et la voix incroyablement chaleureuse de Molly Hamilton. Je voudrais ne pas céder à cette facilité, mais tout dans cet album sussure : Mazzy Star !

Dans ce genre assez peu fécond que me semble être la « dream pop », All Yours remporte facilement la palme de la plus belle chose sortie en 2015. Vous savez quoi écouter pour vous endormir ce soir.

Top 2015 (#29)

29. Ben Folds – So There

C’est la saison 4 pour le Tyrion Lannister du rock indé, et Ben Folds abandonne ses chansons potaches (bien moins drôles que les vannes de The Imp) pour l’album-de-la-maturité, avec des arrangements épatants joués par l’orchestre de chambre yMusic, qui avait déjà fait des merveilles pour My Brightest Diamond. Je suis toujours surpris de la totale indifférence avec laquelle on accueille les sorties de Ben Folds de ce côté de l’Atlantique ; elle est totalement infondée.

Au passage, il se paie le luxe de terminer l’album sur un concerto pour piano de sa composition, interprété avec le Nashville Symphony, et qui est tout à fait écoutable. Respect.

Top 2015 (#30)

Cette année fut, musicalement, une des plus satisfaisantes depuis que je garde une trace de mes admirations. Je ne peux certes pas y chercher de raisons objectives, mais peut-être est-ce en partie parce que les albums qui constituent le haut de mon classement se sont imposés plus immédiatement que les années précédentes. On ne résiste pas à l’argument de la beauté, surtout lorsqu’il se réitère à quelques semaines d’intervalles.

C’est l’une des raisons pour laquelle je m’autorise cette année à classer 30 disques, et qui plus est à tricher avec des ex-aequo à deux reprises. Ce n’est pas très sérieux de ma part.

30. Un paquet cadeau avec cinq bons albums d’indie rock anglo-saxons

Voilà, je commence mal. En trentième place, cinq disques très plaisant, creusant un sillon assez connu pour les gens de ma génération, et dans lequel il serait absurde de prétendre qu’une part de nostalgie ne joue pas. Ce fameux rock indé des années 90, ici bien réalisé, sans désir de révolution mais sincère. Il y a vingt ans, ces groupes auraient été en couverture des journaux, ils auraient été à l’affiche des festivals d’été. Aujourd’hui c’est une niche avec un passé glorieux. Je ne crois pas trop à la hiérarchie des genres implicite dans notre petit milieu. J’accepte volontiers que les albums de Kendrick Lamar ou de Arlt sont fantastiques pour ceux qui les aiment, mais je ne crois pas à une supériorité intrinsèque qu’ils auraient, à une crédibilité supérieure. Tout ce folklore est assez ridicule, au final, lorsqu’on écoute quelques pages du Sacre du Printemps, composé il y a 102 ans. Bref, je suis heureux que de tels disques continuent d’exister, que de jeunes groupes s’y emploient, et que l’on continue de composer des morceaux avec des power chords en 2015.

Hop Along – Painted Shut

S’il y a un de ces artistes à suivre, c’est certainement Frances Quinlan, qui signe ici une dizaine de morceaux vraiment très prometteurs.

Adventures – Supersonic Home

J’ai envie d’avoir leur âge et de rejoindre leur groupe, là, maintenant.

Antartigo Vespucci – Leavin’ La Vida Loca

Chris Farren et Jeff Rosenstock (qui a produit cette année un album que l’on retrouvera très haut dans ce classement) vivent à deux opposés des Etats-Unis et ont chacun leur autre, vrai, groupe. Je ne sais pas comment ils font, mais c’est le deuxième album de pépites power-pop en deux ans qui nous arrive de ces deux là.

Trust Fund – Seems Unfair

Voix de tête + pédales fuzz : what’s not to like ?

The World Is A Beautiful Place & I Am No Longer Afraid To Die – Harmlessness

Un album un peu plus ambitieux, pour finir.

Sacre

Deux approches merveilleuses autour du Sacre du Printemps.

En premier : 46 enregistrements différents d’une petite partie de l’œuvre, découpés et assemblés côte à côte, et qui offrent une vue très intéressante sur les différences entre les orchestres et les interprétations.

Ensuite, tout le Sacre avec la partition qui défile, pour le plaisir des oreilles et des yeux :

God Help the Girl

Charmant et décousu, irrésistible et superficiel, God Help the Girl, le film musical de Stuart Murdoch, est le bijou indie-pop de cette fin d’année.

On connait les chansons, merveilleuses : elles proviennent de l’album du même nom de 2009. Elles sont sublimées ici par un Glasgow perpétuellement ensoleillé, trois jeunes acteurs beaux et touchants, habillés avec une classe folle, et une photographie splendide.

C’est un conte post-adolescent, hors du monde, qui s’embarasse peu de cohérence, juste un très bon moment parfaitement composé, pour les fans de Belle & Sebastian.

En bonus, le making-of en cinq (petits) épisodes et la B.O. sur Spotify.

Disorientated by our success

Un superbe documentaire sur dEUS datant de 2009, probablement à réserver aux fans. J’imagine qu’il a été produit à l’occasion de la re-issue de leur premier album, Worst Case Scenario — c’en est le making-of, avec des interviews du line-up original (incluant donc Stef Kamil Carlens et Rudy Trouvé). Cela s’appelle Time is the state of my jeans :

Deux passages particulièrement marquant, chacun à leur manière, pour lesquels je n’ai pu me retenir de faire le storyboard :

Opération Dispersion

Il y a quelques mois, Philippe Dumez se débarassait de sa collection de t-shirts « rock » en les proposant à ses lecteurs, en échange d’une photographie et d’un texte justifiant leur choix. Ces éléments ont été rassemblés dans un fanzine à tirage limité envoyé gracieusement à tous les contributeurs (Philippe Dumez est un garçon généreux). Si vous n’en étiez pas, voici ma contribution :

Partie 1

Partie 2

La photographie me montre, portant l’objet, ainsi que les deux autres t-shirts Death Cab que je possède. (On a les signes extérieurs de richesse qu’on peut.)