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Author: manur

Vous aimeriez découvrir de petits groupes touchants, mais la profusion de pistes douteuses offertes par la presse papier ou la constellation des mp3blogs vous effraient ? Essayez peut-être les vignettes vidéos des concerts à emporter que proposent mes camarades de la Blogothèque. C’est doux, c’est beau.

Zen

Zen

« Ce n’est pas par la volonté de se détourner énergiquement qu’on peut satisfaire le mieux à l’exigence de fermer la porte des sens, mais plutôt par une disposition à céder sans résistance. Mais, pour que réussisse d’instinct ce comportement passif, il faut à l’âme une armature interne ; elle l’acquiert en se concentrant sur l’acte respiratoire. Cette concentration s’opère en pleine conscience en y apportant une sorte de pédantisme : inspiration et expiration sont exécutées séparément et avec soin. »
— Eugen Herrigel, Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc

« “Il semble à présent que le plus difficile est accompli”, dis-je au Maître, lorsqu’il nous annonça un beau jour que nous passerions à de nouveaux exercices. Sa réplique fut : “Chez nous, on conseille à celui qui a cent milles à parcourir de considérer quatre-vingt-dix comme la moitié.” »
Ibid.

« Parmi beaucoup d’autres coups ratés, il arriva parfois par la suite que plusieurs coups d’affilée touchèrent leur cible. Mais si je faisais mine le moins du monde de m’en glorifier, le Maître me gourmandait avec une rudesse particulière. Alors il éclatait : “Qu’est-ce qui vous prend ? S’il ne faut pas vous chagriner des coups mauvais, ce que vous savez depuis longtemps, vous n’avez pas à vous réjouir des bons. Il faut vous libérer de ce passage du plaisir au mécontentement. Il faut que vous appreniez à dominer cela, dans un état d’équanimité décontractée, et à vous réjouir par conséquent comme si le coup avait été tiré par un autre que vous.” »
Ibid.

« Fermer la porte des sens » ?

Mots

Mots

Avec la belle saison, la SNCF vient de lancer une grande campagne promotionnelle à propos de ses trains grandes lignes « Corail ». Le concept est de rappeler que le train est un moyen facile et pas cher de « quitter la ville » (même lorsqu’il ne s’agit pas d’un TGV), ce qu’illustrent de vastes 4×3 dans tout le métro parisien. Le slogan, un peu creux, qui les accompagne : « Partir n’a jamais été aussi simple. »
A la station Saint Sébastien – Froissart, sur ma chère ligne 8, un petit malin a ajouté quelques mots au marqueur, ce qui donne le résultat suivant :

AVEC NICOLAS SARKOZY     Partir n’a jamais été aussi simple.

Dans le dernier numéro de Première (Kirsten Dunst ! Marie-Antoinette ! sortie le 24 mai !), une phrase délicieuse :

Les héroïnes de Sofia Coppola sont des étrangères perdues qui s’ennuient avec classe, et, de préférence, en petite culotte.

YouTube (musical) Fun :
dEUS – Roses (trop énorme)
Elis Regina – Aquas de marco (elle était jolie, Elis)
Björk – Pagan Poetry (live) (avec le choeur esquimau et dans une église)
Björk – Where is the line ? (vidéo alternative amateur faite avec des Sims)
Smoosh (live avril 2006) (un morceau du nouvel album — j’aime bien la voix plus assurée d’Asya)
Trachtenburg Family – Mountain trip to Japan (qu’est-ce que c’était bien…)
Rachel Stevens en veut à vos testicules (mais d’autres fois elle dit never again)

Judas Priests

Judas Priests

Tout ce que cet hémisphère compte de gens intéressés par les religions chrétiennes est fasciné par cette nouvelle récente : la restauration et la publication d’un manuscrit copte (c’est à dire chrétien égyptien) du IIIe ou IVe siècle présentant un texte apocryphe inédit : l’Evangile de Judas. On raconte même qu’à cette nouvelle, Dan Brown a fait pipi dans son pantalon, juste avant de décider du synopsis de son prochain récit : le héros découvre un papyrus avec le mot “SαDVJ” et passe quatre cents pages avec cinq chercheurs BAC+18 du M.I.T. et un superordinateur Cray afin de découvrir ce que recouvre ce mystérieux mot de passe. Heureusement, une experte latiniste agent du NKVD passe par là en mini-jupe moulante et se souvient page trois cent quatre-vingt dix-huit que le U et le V sont la même lettre, en Latin.

J’explique rapidement, pour ceux qui seraient un peu perdus : à partir de la mort du personnage historique de Jésus (aux alentours de l’an 33 de notre ère) — un rabbin très réformiste et très charismatique — des tas de communautés qui se revendiquent de son enseignement se forment et se disséminent un peu partout sur le pourtour oriental de la Mediterranée. Fait notable, les Juifs y cotoient des Gentils, citoyens d’un Empire Romain au début d’une longue décadence et attirés par le monothéisme (nouvelle mode qui a le mérite de simplifier les pratiques religieuses et « d’humaniser » un peu le divin), le tout sans leur imposer la douloureuse et dangereuse épreuve de la circoncision. Les années passent et s’ajoutent à la distance géographique : chaque groupe éprouve le besoin de transcrire « sur papier » sa vision de Jésus et de son enseignement, et pour donner du poids à celle-ci, de la placer sous le patronyme d’un proche du Christ, devenu presque aussi mythique que son mentor. C’est ainsi qu’en trois siècles on voit apparaître une quarantaine d’Evangiles (« Bonnes Nouvelles », autrement dit manifestes d’un message de Dieu aux Hommes, et appel à la conversion), dont une vingtaine sont parvenus au moins partiellement jusqu’à nous, celui « attribué à » Judas étant le dernier en date.
Lorsque le courant instauré à Jérusalem par Pierre, « premier pape », et dans toute l’Asie Mineure et jusqu’à Rome par Paul, le romain converti, commence à dominer les autres et à se structurer dans tout l’Empire en ce que nous appellons une Eglise (dont descend directement aujourd’hui l’Eglise Catholique Romaine), il apparaît nécessaire de s’accorder sur un « Canon » : un ensemble de textes à peu près convergents qui pourra former un dogme commun à tous les chrétiens. Car tout cela a sérieusement divergé, et ces oppositions toujours renouvellées nourriront l’histoire du christianisme jusqu’à aujourd’hui. L’élaboration de ce Canon, que nous appelons le Nouveau Testament, est un long processus qui passe par un monsieur nommé Marcion, un évêque de Lyon nommé Irénée, se stabilise au IIIe siècle (notamment avec le Concile de Nicée de 325) et n’aboutit définitivement qu’en 1546 (!) avec le Concile de Trente. Surtout, il ne compte que quatre Evangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean, aucun d’entre eux n’ayant probablement été réellement rédigé par le personnage qui les nomme. Tous les autres sont considérés trop anecdotiques ou surtout trop hérétiques pour le dogme. Ce sont des textes « apocryphes ».

Retour à aujourd’hui. Un Evangile selon Judas, c’est d’abord l’occasion donnée à celui que l’on considère depuis 2000 ans comme le plus grand traître de l’Histoire avec Brutus de justifier son acte. Et effectivement, on y découvre un Judas expliquant être le disciple favori de Jésus, le seul à avoir réellement compris son enseignement, et s’étant résolu à trahir son maître (en le désignant aux soldats romains venus l’arrêter) à sa demande, afin de permettre à la crucifixion et à la résurrection de s’accomplir, et donc au message de Dieu d’être entendu. Un retournement de situation très post-moderne… et une thèse pas complètement nouvelle à laquelle d’autres sont aussi parvenus : après tout, si Dieu est omniscient…

Les chrétiens ne s’inquiètent pas trop de la découverte, de la reconstitution et de la traduction de ce texte, à juste raison. L’Evangile de Judas est cité pour la première fois par Irénée vers 180, et la copie retrouvée n’est pas antérieure à 220. En conséquence, les quatre Evangiles canoniques (ceux de la Bible) restent, selon à peu près tous les chercheurs, les plus anciens, et donc les plus dignes d’une éventuelle confiance sur ce qu’ils pourraient nous révéler du Jésus historique (si une telle confiance est possible ou même un critère pertinent). En réalité l’Evangile de Judas est surtout un éclairage fascinant sur la secte proto-chrétienne qui l’a rédigé et en a fait son étendard spirituel, groupement affichant une doctrine gnostique (et que l’on appelle aujourd’hui une « secte » uniquement parce que le catholicisme a « gagné », du moins jusqu’à Luther).

Les gnostiques de l’époque ne sont pas sans rappeler les new-age contemporains : selon eux, le Dieu créateur du monde et de la matière est un être malfaisant. Le véritable « Bon Dieu » se trouve en chacun de nous : « Gnose » signifie en grec une connaissance intérieure et profonde, qui ne peut s’atteindre par l’apprentissage mais relève au contraire d’une Foi intime. C’est par l’ascèse et le rejet du monde matériel que l’on peut atteindre ce Dieu véritable. Les anti-religieux ont fréquemment reproché à l’Eglise sa morbidité et son culte de la souffrance (Saint Sébastien, la flagellation…) mais l’on mesure là l’absolutisme impressionant de ces groupements gnostiques (dont certains réfutaient le monde matériel en allant jusqu’à proner la castration) — égalé aujourd’hui seulement par les doctrines bouddhistes les plus sévères —, tandis que Rome nous a donné sans sourciller les moines brasseurs de bière, la polyphonie ou l’explosion esthétique Baroque, par exemple. Toutes choses bien ancrées dans le plaisir d’une vie vécue sur Terre, même si la crainte de Dieu n’était pas une option.

L’histoire du manuscrit de l’Evangile de Judas est presque aussi passionnante que l’impact du texte lui-même. Il est possible d’en apprendre plus sur tout ça sur le site de la National Geographic Society, très bien fait et offrant une traduction en Anglais (PDF) de ce document exceptionnel. Ce genre de découverte n’arrive pas tous les jours…

Dans sa plus belle chanson, Le Forestier était tombé « amoureux de tout un pensionnat » de jeunes demoiselles lisant Audiberti. Aujourd’hui, une ribambelle d’associations familiales ou féministes lui tomberait dessus, mais c’était une autre époque.
Dans cette perspective légaliste et ségoléno-royaliste, j’ai été plus prudent et je suis tombé amoureux d’un complet service d’infirmières, majeures et vaccinées. Ah, mesdemoiselles, mon cœur se serre chaque fois que je pense à vous toutes, qui n’êtes séparées de moi que par un fleuve ridicule et un Ministère des Finances. Une sorte de curieux Syndrome de Stockholm, pourrait-on dire, si j’avais peur des piqûres…

Dans leur numéro 543, sorti en théorie hier (mais en réalité, du moins à Paris, aujourd’hui), les Inrockuptiques proposent un excellent dossier malheureusement intitulé « Les 50 meilleurs blogs ». Pour commencer, nous sommes d’accord, ce qualificatif prétentieux est grotesque.

MAIS Chryde a pas mal travaillé sur ces huit pages, et je peux vous assurer que la sélection est excellente (engadget, tourgueniev, boingboing, said the gramophone, david byrne, 404brain, lisa mandel, eolas…) et que les commentaires qui accompagnent chaque blog mis en valeur sont fréquemment remarquables. (Oui, je viens de dire du bien des Inrocks. Une fois n’est pas coutume.)

Et puis dans un brillant encadré, Chryde a tenté de situer l’état d’esprit de son weblog après cinq ans d’activité. Je m’y retrouve tellement que je ne peux m’empêcher de citer un gros passage :

Aujourd’hui ce genre [de blog] cherche sa place dans un monde presque trop riche pour lui. Il est entré dans une routine mortifère, comme si sa recette d’origine, une dissolution discrète de ma petite personne et de ma petite vie dans des écrits spontanés et volatils, était aujourd’hui devenue la formule de son poison.
Qui veut d’un blog qui parle de tout et de rien alors que se créent chaque jour des blogs spécialisés dans tout ? Que puis-je me permettre d’écrire alors que ma mère le suit et qu’il déborde quelques fois sur mon boulot ? Puis-je m’autoriser à n’avoir rien à dire sur le CPE qui vaille le coup d’être dit là ? Quelle posture adopter alors qu’on attend aujourd’hui de moi de correspondre à une image ?

Moi aussi, je n’avais rien à dire et pas vraiment d’avis pertinent concernant le CPE aux débuts, mais (mon voisin de chambre à l’hôpital ayant la garde de la télécommande) trois semaines de JT de 20h de TF1 imposé m’ont rendu farouchement anti. Je savais la chaîne proche du gouvernement, évidemment, mais j’ai été impressionné par l’absence toute berlusconienne de subtilité dans le déploiement de propagande et dans les choix sémantiques et éditoriaux.

Et puis aussi, c’est merveilleux de revoir Roses ou Via en live, comme ça, après toutes ces émotions, décibels et projecteurs, vous pouvez pas savoir. Mauro est presque aussi divinement charismatique que Tom, en plus. Enfin, à sa manière plus distante.

Demain, on parle de Judas. En attendant, écoutez le Spinto Band. Oh yeah.