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Art kills time

“Art’s a funny thing, doesn’t seem to have any connection with our lives, just gets itself made—and when it is good there’s no time in it at all. Kills time, that’s art. Brings up a lot of old ideas we thought were dead. Not dead at all. Time can’t kill anything, says art. Art kills time.”
— William Carlos Williams, A Voyage to Pagany

Anticorps

Il ne vous reste que quelques jours, jusqu’à dimanche en fait, pour aller voir l’exposition impressionnante d’Antoine d’Agata (de l’agence Magnum) à Paris. Prostituées du mexique, de Phnom Penh ou des fichiers de police américains, charniers et ruines de Libye ou Palestine, émigrés de Sangatte, visages tordus de douleur et/ou de plaisir, cellules de prisons ou chambres de bordels, l’installation nous plonge dans un espace dont les quatre murs sont couverts du sol au plafond des résultats de plus de vingt ans d’errances radicales aux confins de la violence quotidienne que l’homme inflige à l’homme. Ce n’est pas pour tout le monde, mais cela n’a rien à voir avec bien des “propositions” fadasses, qu’elles soient conceptuelles ou photographiques, des galeries parisiennes.

face à l'oppression que génère l'abondance d'images stéréotypées, et leur démultiplication par les industries culturelles, face à cette pornographie généralisée, vivre devient le seul enjeu

Une oeuvre qui évoque discrètement certaines des plus pertinentes fulgurances de Guy Debord, et se place sous la tutelle plus visible de cette citation de Michel Foucault, en exergue du programme fourni à l’entrée :

« La marge est un mythe.
Cette illusion de croire que l’extrême nous parle à partir d’une extériorité absolue…
Rien n’est plus intérieur à notre société, rien n’est plus intérieur aux effets de son pouvoir que la violence.
Autrement dit, on est toujours à l’intérieur. »

Le maître du générique

The Saul Bass’ Title Sequences Collection.

« Until then the credits were referred to as ‘popcorn time.’ Audiences resented them and projectionists only pulled back the curtains to reveal the screen once they’d finished. Bass created some of the best title sequences ever for some of the best directors who ever lived (Billy Wilder, Alfred Hitchcock, Otto Preminger, Stanley Kubrick, Martin Scorsese) and some of the best films ever made (Vertigo, North by northwest, Anatomy of a murder, Spartacus, Goodfellas). »

In girum

Comme le mode de production moderne les a durement traités ! De progrès en promotions, ils ont perdu le peu qu’ils avaient, et gagné ce dont personne ne voulait. Ils collectionnent les misères et les humiliations de tous les systèmes d’exploitation du passé ; ils n’en ignorent que la révolte. Ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu’ils sont parqués en masse, et à l’étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres ; mal nourris d’une alimentation polluée et sans goût ; mal soignés dans leurs maladies toujours renouvelées ; continuellement et mesquinement surveillés ; entretenus dans l’analphabétisme modernisé et les superstitions spectaculaires qui correspondent aux intérêts de leurs maîtres. Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles.

− Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni