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Author: manur

Crime

Je lis un livre à la fois brillant et effrayant : Un monde sans loi &#151 la criminalité financière en images, par Jean de Maillard, Stock 1998. Ou comment le crime organisé s’épanouit et forme une symbiose avec le néo-libéralisme globalisé :

« …la criminalité est devenue un rouage indispensable des sociétés contemporaines.

Indispensable d’abord au système financier, en quête permanente de ces capitaux nomades, de ces liquidités dont se nourissent les marchés spéculatifs. Il faut s’abonner par exemple aux revues les plus austères du fonds monétaire international, et les lire entre les lignes, si l’on veut avoir une idée des effets perturbateurs de l’économie criminelle sur l’équilibre mondial de la balance des paiements. Des milliards de dollars paraissent s’évaporer régulièrement de la surface de la terre, sans que personne ne sache quelle est leur destination finale.

Chaque pays en effet publie des statistiques publiques sur son produit intérieur brut et sur ses échanges commerciaux. En toute logique, l’ensemble des échanges internationaux devrait s’équilibrer : ce que les uns achètent, les autres le vendent et réciproquement. Pourtant, les balances des paiements des pays enregistrent chaque année des écarts négatifs qui représentent en moyenne cent milliards de dollars par an. Entre 1977 et 1989, plus de huit cents milliards de dollars ont disparus des comptabilités nationales. »

Particulièrement réussies dans ce livre sont les illustrations : de l’infographie en pleine page comme celle-ci, extremement claire et qui permet de comprendre les enjeux comme aucun bouquin d’économie ne pourrait le faire. A lire.

Et l’Appel de Genève

« Les femmes sont obstinément naïves quand elles parlent des « besoins » des hommes. Elles se sont laissé persuader que ce sont des puissances irrésistibles, une sorte de souffrance malpropre et néanmoins grandiose ; elles paraissent ignorer qu’elles-mêmes, après une continence assez prolongée, deviennent aussi folles que les hommes, et que les hommes, après un certain temps de transition, s’habituent aussi aisément qu’elles au renoncement. La différence est plus morale que physiologique, elle tient à l’habitude qu’on a de s’accorder ou de se refuser la satisfaction de ses désirs. »

Robert Musil, op. cit.

« Le matin, nous sommes pâles de fatigue et nous dormons dans la journée. D’ailleurs, il n’en sort pas le moindre progrès intellectuel. Nous brûlons dans nos livres comme la mèche dans l’huile. Nous ne les prenons somme toute que pour brûler… »

Robert Musil, L’Homme Sans Qualités

Le mag britannique Q fête ses 15 ans, et en a profité pour faire voter à ses lecteurs les 50 meilleurs albums de ces quinze dernières années (la liste n’est pas sur le site, ne cherchez pas).

De façon assez surprenante, le résultat est plutôt honnête : les deux seuls albums intéressants de U2 (joshua tree et achtung baby), les deux bons albums d’Oasis (les premiers), Mercury Rev, Leftfield (tiens, tiens, les gens écoutent encore Leftfield…), les p’tits français de Air en place 31. Côté fautes de goût, on a juste The Fat of the Land, le Prodigy nauséabond et commercial alors que Music for a Jilted Generation l’aurait mérité, Texas (no comments) ou The Verve. Pour se rattraper il y a aussi les Manics, les Pixies, les Chemical Brothers, et un trio de tête assez satisfaisant bien que très convenu : 3. Nevermind 2. Screamadelica 1. OK Computer (évidemment).