Archives de
Author: manur

Un jour j’ai vu Arnaud Viviant en vrai

C’était le soir du concert de New Order à l’Olympia, sur le quai du métro station Grands Boulevards, on y allait tous les deux, et malheureusement il n’est pas monté dans mon wagon.

(Ceci dit, un jour j’ai vu Enrico Macias en vrai, et il est bien monté dans le même avion que moi. N’allez pas dire que je ne suis qu’un loser. C’est déjà suffisament neurasthénophile de pas avoir gagné un blogodor).

Arnaud Viviant, donc, est un peu tête-à-claque souvent, ne serait-ce que parce qu’il ressemble à Christophe Bourseiller (et vice-versa), et que c’est d’autant plus dur de les départager dans leur grande émulation à celui qui citera le plus souvent le nom ou l’oeuvre de Guy Debord dans ses paragraphes. Ceci dit, il se rattrape lorsqu’il descend Amélie Nothomb, que j’ai eu la chance de ne jamais voir en vrai, et qu’il note le fond poujado-raciste de son Stupeur et Tremblements — Arnaud Viviant connaît très bien le Japon et y a vécu, paraît-il.

Tout ça pour dire que sa nouvelle chronique hebdomadaire dans le supplément télé des Inrocks depuis deux semaines, « la guerre comme si vous n’y étiez pas » est formidable.

L’une des grandes frustrations que l’on ressent en regardant cette guerre est de ne jamais apercevoir un seul combattant de Saddam. C’est sans doute la plus grande victoire des Irakiens. Par leur absence remarquable, ils ont réussi à faire en sorte que l’imaginaire soit de leur côté. (..) Hélas, l’idée terrible, insupportable à nos yeux, que cette guerre ne soit finalement qu’un immense choc des cultures et un affrontement entre l’Orient et l’Occident, tient pour beaucoup à cette absence.

Aux dernières nouvelles, cette vaste campagne de bombardements massifs est entrain de s’achever (cette information est à prendre au conditionnel), c’est con. Bombardez encore un peu, merde, j’en veux encore du Nono.

D’ailleurs ils sont où les 4000 kamikazes partis se faire sauter la caboche à Bagdad City ?..

…On m’aurait menti ?

Bon, j’arrête mes bêtises. Les plus courtes…

L’endroit où il faut être cette année : www.brel-2003.be, à Bruxelles.

Cirque médiatique ou digne hommage ? Réponse la semaine prochaine.

Anciens quoi battus ?

Michel Tauriac écrit de magnifiques romans à fond historique et autres essais humanistes sur l’Asie du Sud-Est. Il est de plus engagé dans une cause qui ne peut que sembler juste : dénoncer les atteintes aux droits humains commises par les Etats de la région. Pourtant, dans ce dernier rôle, sa prose semble parfois d’une véhémence qui affaiblit le propos.

Recherches faites, le jeune Tauriac a découvert l’Asie « dans les rangs des troupes françaises combattant le Vietminh », et aujourd’hui il est président de l’Association des Ecrivains [Anciens ?] Combattants, qui remet un double prix littéraire annuel à des journalistes de télévision et de radio, dont voici le récent palmarès :

– 1998 : Claire Chazal et Catherine Nay

– 1999 : Jean-Pierre Pernaut et Alain Duhamel

– 2000 : Dominique Bromberger et Jean-Claude Narcy

– 2001 : Philippe Bouvard et Patrick Poivre d’Arvor

Rien de répréhensible, certes, mais des informations qu’il sera intéressant d’avoir en mémoire à la prochaine lecture d’un de ses charmants ouvrages — bien anodins en apparence — sur ces contrées si exotiques.

Fuck the Flag

www.protest-records.com exists for musicians, poets and artists to express LOVE + LIBERTY in the face of greed, sexism, racism, hate-crime and war.

Les Sonic Youth et tout ce qui gravite autour ont généralement tendance à me gonfler, mais là il y a de bonnes choses, notamment une très belle reprise de Bill Fay par Jim O’Rourke et Glenn Kotche (sur le vol.2) : « Pictures of Adolf ».

Source vive

A la radio, à la télé, dans la presse, une seule obsession aujourd’hui : la source. Rarement ces dernières années a-t-on assisté à une telle mise en représentation de l’intégrité journalistique. Chaque parcelle d’information est désormais livrée avec son origine : l’Agence Machin, le Ministère Bidule, l’Organisation Truc. « Voyez comme je suis prudent et professionnel ! »

Qui sait combien de vocation sont nées devant un cliché de Robert Capa durant la Guerre d’Espagne ? La Guerre, le grand processus de régénération journalistique, le bain de jouvence de la Profession, le point zéro de sa praxis.

Le journaliste ces jours-ci mesure bien l’irréconciliable de ses deux attributs martiaux : le devoir d’informer et la nécessité de désinformer (ou l’impossibilité de ne pas le faire, ce qui revient au même). Pris dans ce double feu meurtrier, il cite, il signale, il use de la majesté du conditionnel.

Pourtant chacun sait, l’orateur sait, le récepteur sait, l’orateur sait que le récepteur sait, chacun sait que tout cela n’est que vain remplissage, sans rapport avec la réalité nécessairement cachée d’un conflit, sans même de potentiel analytique global. Chacun sait que les premières « vérités » ne nous seront livrées que d’ici un an ou deux, lorsque sortiront les premières enquêtes documentées, les premiers documentaires sérieux, lorsque le temps de l’intelligence analytique, dans sa « désespérante » lenteur, arrivera à ses premiers résultats.

Devant cette évidence, quelques voix timides et dérisoires s’élèvent, et réclament, en toute logique cartésienne, le black-out des « informations » sur cette « Guerre ». Pourquoi diffuser un discours lorsque personne, de l’émetteur au récepteur, n’ignore qu’il est infondé ?

Et ces indignations touchantes, avec limpidité, nous paraissent extrémistes. La presse doit continuer à faire son travail, chacun — et moi le premier — en est persuadé au fond de sa conscience.

Entre le silence et le mensonge, nous choisissons le mensonge.

Voilà qui en dit long sur notre démocratie médiatico-parlementaire et notre incommensurable orgueil.