Top 2015 (#1)

1. Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

Lorsque l’on s’aventure à préparer un classement de fin d’année comme celui-ci, plusieurs élans contradictoires peuvent s’emmêler. On peut vouloir tendre à une certaine objectivité, dans le sens où l’on serait persuadé de la supériorité artistique de certains albums par rapports à d’autres — une position à peu près aussi impossible à défendre philosophiquement qu’à réfuter absolument. On peut classifier chaque disque en évaluant avec plus ou moins de rigueur le nombre d’écoutes qu’on lui a consacré ; sans oublier de faire le prorata sur le temps où il a été disponible, tant qu’à être bonnet de nuit. On peut souhaiter représenter la hiérarchie du plaisir personnel apporté par chacune de ces sorties, ordre à la fois corrélé et probablement assez différent du précédent, mais au final assez idiosyncrasique. On peut également décider d’encourager certains artistes en les élevant dans le classement, souvent parce que l’on souhaite contrer ce qui nous paraît comme un déficit injuste de notoriété. Parfois on peut même inclure ou réhausser le rang d’un disque pour donner une image de soi plus conforme à celle que l’on voudrait projeter — que celui qui n’a jamais posté sur Facebook une vidéo de Motörhead me jette la première pierre.

Ces différentes voies présentent chacune un intérêt, mais il me semble que la seule façon de ne pas prendre au sérieux une entreprise par définition indéfendable est de les utiliser toutes, ensemble, pour constituer un classement à la fois personnel et honnête, subjectif et fidèle.

La bonne nouvelle étant que, quel que soit le critère que j’aurais pu choisir pour présider à mon choix s’il avait été moins syncrétique, l’album de Sufjan Stevens aurait tout de même ravi la première place. Ce Carrie & Lowell est à la fois un chef-d’œuvre d’une beauté à couper le souffle et le plus satisfaisant offert par son auteur (que j’avais cru perdu pour la cause avec son précédent opus lourdingue, The Age of Adz). C’est aussi par moment une œuvre extrêmement poignante sur l’amour maternel et filial, sur la maladie mentale, sur la peur existentielle et sur la mort d’un être cher. Si Sufjan Stevens s’est fait connaître il y a une décennie par des arrangements luxuriants et des thèmes très populistes, cet album à la fois dépouillé et extrêmement personnel est sans hésitation son sommet artistique. Espérons que cela donnera à d’autres des idées pour l’année qui commence.

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