Révolutions d’opéra

L’opéra est un art qui peut être tellement fort, tellement intime, qu’il a déjà été, par deux fois, l’origine d’une révolution.
En 1830, une représentation de La Muette de Portici d’Auber (un français) à la Monnaie de Bruxelles galvanisera l’énergie des révolutionnaires (« Non, plus d’oppresseurs, plus d’esclaves / Combattons pour briser nos fers ») et aboutira à la création de la Belgique après séparation d’avec les Pays-Bas.

Quelques années plus tard, en 1842, Giuseppe Verdi donne à la Scala la première de Nabucco. Milan est occupée par les Autrichiens, dans l’œuvre les Hébreux — incarnés par un choeur omniprésent et personnage à part entière — sont opprimés par les Assyriens et leur roi, Nabuccodonosor. La douleur de l’oppression et le courage de la résistance du peuple parlent aux milanais. Au troisième acte, le célebrissime Va, pensiero résonnera pendant de longues années comme le chant de la libération en marche, et figure encore aujourd’hui comme hymne national bis. La fin de l’occupation adviendra six années plus tard, en 1848, dans le cadre du Risorgimento, la « résurrection » d’une Italie unie après des siècles d’éclatement en états pontificaux, cités-états et royaumes régionaux.
A l’occasion des 150 ans de l’Italie réunifiée, Nabucco a été donné à Rome il y a quelques jours par Riccardo Muti. La vidéo ci-dessous présente le Va, pensiero, qui est bissé (fait exceptionnel) et repris par le public après une intervention du maestro Muti, qui fustige le traitement de la Culture par le gouvernement. Berlusconi est dans la loge présidentielle. A côté d’un cardinal. C’est un moment exceptionnel.

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