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Month: avril 2006

Dans sa plus belle chanson, Le Forestier était tombé « amoureux de tout un pensionnat » de jeunes demoiselles lisant Audiberti. Aujourd’hui, une ribambelle d’associations familiales ou féministes lui tomberait dessus, mais c’était une autre époque.
Dans cette perspective légaliste et ségoléno-royaliste, j’ai été plus prudent et je suis tombé amoureux d’un complet service d’infirmières, majeures et vaccinées. Ah, mesdemoiselles, mon cœur se serre chaque fois que je pense à vous toutes, qui n’êtes séparées de moi que par un fleuve ridicule et un Ministère des Finances. Une sorte de curieux Syndrome de Stockholm, pourrait-on dire, si j’avais peur des piqûres…

Dans leur numéro 543, sorti en théorie hier (mais en réalité, du moins à Paris, aujourd’hui), les Inrockuptiques proposent un excellent dossier malheureusement intitulé « Les 50 meilleurs blogs ». Pour commencer, nous sommes d’accord, ce qualificatif prétentieux est grotesque.

MAIS Chryde a pas mal travaillé sur ces huit pages, et je peux vous assurer que la sélection est excellente (engadget, tourgueniev, boingboing, said the gramophone, david byrne, 404brain, lisa mandel, eolas…) et que les commentaires qui accompagnent chaque blog mis en valeur sont fréquemment remarquables. (Oui, je viens de dire du bien des Inrocks. Une fois n’est pas coutume.)

Et puis dans un brillant encadré, Chryde a tenté de situer l’état d’esprit de son weblog après cinq ans d’activité. Je m’y retrouve tellement que je ne peux m’empêcher de citer un gros passage :

Aujourd’hui ce genre [de blog] cherche sa place dans un monde presque trop riche pour lui. Il est entré dans une routine mortifère, comme si sa recette d’origine, une dissolution discrète de ma petite personne et de ma petite vie dans des écrits spontanés et volatils, était aujourd’hui devenue la formule de son poison.
Qui veut d’un blog qui parle de tout et de rien alors que se créent chaque jour des blogs spécialisés dans tout ? Que puis-je me permettre d’écrire alors que ma mère le suit et qu’il déborde quelques fois sur mon boulot ? Puis-je m’autoriser à n’avoir rien à dire sur le CPE qui vaille le coup d’être dit là ? Quelle posture adopter alors qu’on attend aujourd’hui de moi de correspondre à une image ?

Moi aussi, je n’avais rien à dire et pas vraiment d’avis pertinent concernant le CPE aux débuts, mais (mon voisin de chambre à l’hôpital ayant la garde de la télécommande) trois semaines de JT de 20h de TF1 imposé m’ont rendu farouchement anti. Je savais la chaîne proche du gouvernement, évidemment, mais j’ai été impressionné par l’absence toute berlusconienne de subtilité dans le déploiement de propagande et dans les choix sémantiques et éditoriaux.

Et puis aussi, c’est merveilleux de revoir Roses ou Via en live, comme ça, après toutes ces émotions, décibels et projecteurs, vous pouvez pas savoir. Mauro est presque aussi divinement charismatique que Tom, en plus. Enfin, à sa manière plus distante.

Demain, on parle de Judas. En attendant, écoutez le Spinto Band. Oh yeah.

Bomb the blogosphere

Bomb the blogosphere

Extract from Questionable Content strip #604 - (c) Jeph Jacques 2003-2006Je suis de retour à la maison depuis deux semaines, et je trouve peu de motivation à relancer ce weblog. Ce qui m’apparaissait comme une grande agora de partage il y a six ans (une naïveté bien tarte-aux-fleurs, je l’admets, mais à l’hôpital j’ai bien réalisé à titre de réeducation fine et non sans fierté un cache-pot en macramé), un espace de potlach donc, pour parler comme Marcel & Guy-Ernie, ne s’est révélé être aujourd’hui qu’un vaste exercice égotiste, un manuel de self-marketing à l’usage des jeunes générations, pour parler comme Raoul. La forme contient évidemment dès l’origine sa part inévitable de mise en scène, mais un peu de distance et d’ironie n’ont jamais tué personne. C’était bien la peine de se gausser autant de la grosse tête de l’autre Belge-d’Or, si l’on a laissé Max, Nick, Le Meur, Gloagen et Ginisty devenir les vedettes onanistes, et surtout les modèles de ce que la publication personnelle avait à offrir.

Dans ce contexte, j’adore le t-shirt de Marten (c’est bien Marten ?) dans ce strip #604 de Questionable Content, par ailleurs l’un des plus hilarants depuis que je suis la série (Music+Science=Sexy, ça c’est sûr).

Le retour, même limité, de Canclaux est cependant une nouvelle réconfortante. Cela manque tout de même, ces rappels réguliers que des diaristes formidables comme Eva (Regards Solitaires) écrivent toujours. Félicitations, madame.

Mais maintenant, déblatérons, puisque ceci est avant tout un weblog.
J’ai souffert ces trois derniers mois du Syndrome de Guillain-Barré. Cet autre document de quelques pages est encore plus complet, mais je vous déconseille de cliquer sur ces deux liens, ce sont des lectures particulièrement rébarbatives.

En revanche, cette expérience et surtout les échanges que j’ai pu avoir avec le personnel de l’Assistance Publique me permettent de dire quelques mots au sujet des cris d’orfraie poussés à l’annonce récente de la recommandation du Conseil National de la Chirurgie de fermer les blocs opératoires réalisant moins de 2000 actes par an (document PDF). Ce qui signifierait fermer les services de chirurgie de 113 petites structures réparties sur tout le territoire.
J’ai consulté, en l’espace de trois semaines : mon médecin traitant plusieurs fois, le remplaçant de mon médecin traitant plusieurs fois, un spécialiste ORL, un médecin urgentiste (qui m’a renvoyé chez moi), un neurologue de ville, à nouveau plusieurs médecins urgentistes, puis enfin à la demande de ces derniers un neurologue d’un grand hôpital parisien. Seul ce dernier à émis l’hypothèse du Guillain-Barré, qui s’est révélée juste après examens. Les médecins précédents soit ne connaissaient pas la maladie car elle est très rare, soit n’y ont pas pensé car il y avait des hypothèses statistiquement bien plus probables à vérifier auparavant (on notera la générosité qui caractérise cette phrase au point final qui vient immédiatement).
Je lis sur le forum de ce site consacré aux patients français du syndrome des messages effarants de malades orientés vers des services de psychiatrie, de médecine interne, voire renvoyés plusieurs fois chez eux avec des diagnostics de fatigue chronique. Ces témoignages me font froid dans le dos car, en phase de plateau, les difficultés respiratoires et les fausses routes font courir un risque vital ; tandis qu’une hospitalisation, éventuellement en service de réanimation/soins intensifs, avec traitement(s) aux immunoglobulines assure une guérison rapide et sans séquelles à une proportion de patient dépassant largement les 90%.
Le Guillain-Barré ne requiert pas à ma connaissance d’intervention chirurgicale, mais je crains de n’extrapoler que peu en faisant des cauchemars à l’idée d’avoir été pris en charge par un petit hôpital de province dont le service de neurologie n’aurait aucune habitude de ce genre d’affection.
Oui, je crois qu’il est plus pertinent d’obliger les familles à faire 100 km de plus pour venir au chevet de leurs malades dans une large structure aux multiples compétences, que de se complaire dans un sentiment de fausse sécurité parce que l’on a un service d’urgence dans chaque sous-préfecture.

Cela dit, l’hôpital public français, incontestablement l’un des meilleurs du monde, meurt à petit feu depuis trente ans, sous les regards indifférents (voire ravis) des élites politique de notre pays. Ces députés-maires démagogues, hurlant à la mort à l’évocation de la fermeture de leur petit bloc opératoire de proximité, sont bien souvent ceux qui ont subventionné avec l’argent public l’ouverture d’établissements privés, évidemment dirigés par les grands médecins formés par l’hôpital public et faisant comme eux partie de la haute bourgeoisie locale. Plus de 50% des actes de chirurgie sont désormais réalisés dans le privé (chiffre donné par l’Humanité). A titre personnel, je n’ai jamais vu aucun des grands partis auxquels émargent ces élus locaux si remontés imposer la question de la santé publique au débat national. Jusqu’ici, tout va bien, comme disait l’autre.

Sur les sujets liés à la santé, mais pas seulement, lire aussi le nouveau blog de Christian Lehmann, écrivain et médecin.

Et puis d’autre part, il est tout-à-fait fascinant de voir comment en quelques jours la presse d’informations a fait de la véritable Affaire Clearstream (des milliards d’euro qui circulent illégalement parce qu’anonynement via un pays appartenant à l’Union Européenne) un mini-scandale franco-français de magazine people.

Si on se penche sur l’argent du terrorisme, la faillite de l’Argentine, l’affaire Elf, pour rester chez nous, et d’autres scandales, on retombe toujours sur la présence des acteurs de ces affaires dans les listes secrètes de la société. [La véritable] affaire Clearstream est vraiment l’affaire des affaires.