« Ainsi, la frivolitĂ© est l’antidote le plus efficace au mal d’ĂŞtre ce que l’on est : par elle nous abusons le monde et dissimulons l’inconvenance de nos profondeurs. Sans ses artifices, comment ne pas rougir d’avoir une âme ? Nos solitudes Ă fleur de peau, quel enfer pour les autres ! Mais c’est toujours pour eux, et parfois pour nous-mĂŞmes, que nous inventons nos apparences… »
« Point d’intolĂ©rance, d’intransigeance idĂ©ologique ou de prosĂ©lytisme qui ne rĂ©vèlent le fond bestial de l’enthousiasme. »
« …l’administration, avec ses rĂ©glements — mĂ©taphysique Ă l’usage des singes… »
« Il me suffit d’entendre quelqu’un parler sincèrement d’idĂ©al, d’avenir, de philosophie, de l’entendre dire “nous”, et s’en estimer l’interprète, pour que je le considère mon ennemi. […] On se mĂ©fie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant, on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l’Histoire. »
« Ce que l’esprit invente n’est qu’une sĂ©rie de qualifications nouvelles ; il rebaptise les Ă©lĂ©ments ou cherche dans ses lexiques des Ă©pithètes moins usĂ©es pour une mĂŞme et immuable douleur. »
« L’univers transformĂ© en un après-midi de dimanche…, c’est la dĂ©finition de l’ennui. […]
La seule fonction de l’amour est de nous aider Ă endurer les après-midi dominicales, cruelles et incommunicables, qui nous blessent pour le reste de la semaine — et pour l’Ă©ternitĂ©. »
— Emil M. Cioran, Précis de Décomposition
(Note ajoutée en 2003 :
« L’amour en province / Ressemble un peu Ă un dimanche. »
— Eddy Mitchell, Sur la route de Memphis
C’est beau la poĂ©sie !)